Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

15 décembre 2022

LUMINA SOPHIE, DITE « SURPRISE » 

Symbole de résistance en Martinique

(1848-1879)

Lumina Sophie 'Surprise' Roptus | Viva
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Sommaire

Biographie

reprises

Descendante d’esclave Lumina SOPHIE Dite Surprise est née juste quelques mois après l’abolition de l’esclavage.

Elle voit le jour le jour le 5 novembre 1848 au Vauclin sur l’habitation LA BROUE.
Elle est enregistrée sur les registres de l’état civil sous le patronyme de Marie Philomène SOPHIE. Peu après le patronyme donné à sa mère et à elle-même sera celui de ROPTUS.

Etat Civil Marie-Philomène SOPHIE
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Fille de Marie Sophie, dite Zulma, et petite fille de Reine SOPHIE, sa famille est majoritairement composée de femmes, avec sa mère et ses tantes.

La petite enfance de Surprise, se déroule sur l’habitation La Broue, où se met en place la nouvelle vie des nouveaux libres à partir du second semestre de l’année 1848, avec les contrats d’association qui laisse en jouissance aux travailleurs des cases et un petit lopin de terre.

A la mort de sa grand-mère, Reine SOPHIE, la famille élargie se disperse. Zulma et sa fille s’installent dans l’habitation Champfleury située entre le Vauclin et Rivière pilote.

Une jeunesse marquée par le travail et les injustices

Pour contribuer aux revenus familiaux, Lumina exerce plusieurs activités. Elle travaille comme couturière, journalière agricole et marchande sur les marchés.

Elle découvre ainsi les difficultés quotidiennes des populations rurales : faibles rémunérations, précarité, dépendance à l’égard des propriétaires et accès inégal à l’instruction.

Bien que l’esclavage ait disparu juridiquement, les hiérarchies sociales et raciales demeurent profondément enracinées dans la société martiniquaise.

Au fil des années, la jeune femme développe une conscience aiguë de ces injustices. Son compagnon, Émile Sidney, issu d’un milieu de personnes libres avant l’abolition, appartient également à cet environnement où les questions d’égalité et de citoyenneté prennent une importance croissante.

Lumina se distingue par son tempérament affirmé et sa participation à la vie sociale.

A l’approche de l’année 1870, elle a 21 ans et fréquente notamment les marchés de Rivière-Pilote, où circulent les nouvelles et les discussions politiques.

L’affaire Léopold Lubin, à l’origine de la colère populaire

En février 1870, un incident raciste survient dans le sud de la Martinique.

Léopold Lubin, un jeune Noir du Marin, membre d’une famille d’entrepreneur de travaux publics, refuse de laisser le passage au béké, Augier de Maintenon, Commissaire de marine et chef de service au bourg du Marin.

En réponse à son refus, il est jeté à bas de son cheval et frappé à coup de cravache. L’affaire, classée sans suite, provoque l’indignation.

Lorsque, deux mois plus tard, Léopold Lubin se venge en rendant la pareille à Augier de Maintenon, il est arrêté immédiatement et lourdement condamné en août 1870, à cinq années de travaux forcés.

Pour une partie de la population, cette décision représente une nouvelle manifestation de l’inégalité devant la justice coloniale.

En septembre, l’annonce de la proclamation de la Troisième République nourrit l’espoir d’une société plus juste. Mais la colère accumulée dans les campagnes du Sud ne tarde pas à se transformer en révolte.

Septembre 1870 : le soulèvement du Sud

Le 22 septembre 1870, la population de Rivière-Pilote se mobilise pour réclamer la libération de Léopold Lubin.

Le mouvement dépasse rapidement cette revendication. Les insurgés dénoncent les injustices raciales, les privilèges des propriétaires et les conditions de vie imposées aux travailleurs ruraux.

Parmi les personnes engagées dans l’insurrection figurent Louis Telga, Eugène Lacaille et Lumina Sophie.

Enceinte d’environ deux mois, Lumina prend part au soulèvement. Elle accompagne les insurgés et participe à cette mobilisation populaire qui gagne plusieurs habitations du Sud.

L’habitation La Mauny, propriété de Louis Codé, devient l’un des symboles de la colère. Ce propriétaire, connu pour son soutien à l’ordre colonial et son implication dans l’affaire Lubin, est abattu de sept balles, et l’état d’urgence est proclamé en Martinique, dans 15 communes. L’armée est mobilisée et l’insurrection est défaite le 26 septembre.

Maison La Mauny Distillery (Rivière-Pilote) |
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Ce jour-là, et durant plusieurs semaines, 500 émeutiers sont arrêtés et traduits devant la justice militaire. Plus d’une dizaine seront abattus, 75 seront condamnés, dont 8 condamnés à mort.

Sophie, la « flamme de la révolte »

Le 26 septembre 1870, Lumina Sophie est arrêtée à Régale, sur une habitation liée à Eugène Lacaille, puis incarcérée au fort Desaix.

Lors de ses deux procès, on la présente comme « la flamme de la révolte, la reine de la compagnie », la plus terrible des chefs de bande.

Cette expression, destinée à souligner sa dangerosité supposée, deviendra paradoxalement l’un des symboles de sa mémoire.

On l’accuse d’être une incendiaire, de chercher à dominer les hommes, de nier sa condition de femme. 

Une maternité brisée par l’emprisonnement

Au moment de son arrestation, Lumina Sophie attend un enfant.

En avril 1871, alors qu’elle se trouve à la prison centrale de Fort-de-France, elle donne naissance à un garçon que l’administration pénitentiaire prénomme Théodore.

Le nourrisson est séparé de sa mère. Il meurt en détention, environ un an plus tard, sans que Lumina puisse lui offrir une enfance auprès d’elle.

Ce drame personnel vient s’ajouter à la violence de l’emprisonnement et à l’incertitude de son avenir.

Deux procès et une condamnation exemplaire

En 1871, les autorités organisent plusieurs procès militaires pour juger les participants à l’insurrection.

Lumina Sophie est d’abord mise en cause dans l’instruction relative à un supposé complot insurrectionnel. Cette première procédure n’aboutit pas à sa condamnation sur ce chef.

Elle comparaît ensuite dans une autre procédure portant notamment sur sa participation aux événements et aux incendies.

Les accusations ne se limitent pas aux actes qui lui sont reprochés. Son comportement de femme indépendante, son langage et l’influence qu’on lui prête sur les hommes deviennent également des éléments utilisés contre elle.

Le 8 juin 1871, elle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

Elle n’a que 22 ans.

La déportation au bagne de Guyane

À la fin de l’année 1871, Lumina Sophie est déportée en Guyane, au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni.

Loin de la Martinique, elle découvre les conditions de détention particulièrement éprouvantes du système pénitentiaire colonial.

L’éloignement, la maladie, les privations et les contraintes imposées aux condamnés marquent ses dernières années.

Au cours de sa détention, elle est contrainte d’épouser de force un prisonnier français, Marie-Léon-Joseph Félix. Les travaux historiques présentent cette union comme imposée dans le contexte pénitentiaire.

Lumina ne retrouvera jamais sa terre natale.

Elle meurt le 15 décembre 1879, à l’âge de 31 ans, d’épuisement, de maladie et de mauvais traitements à Saint-Laurent-du-Maroni.

Une femme longtemps oubliée par l’histoire

Pendant plus d’un siècle, le nom de Lumina Sophie demeure largement absent des grands récits historiques consacrés à la Martinique.

Comme beaucoup de femmes issues des milieux populaires, sa participation aux événements de 1870 a été longtemps éclipsée par celle des hommes.

Sophie, un héritage toujours vivant

A partir des années 1980, historiens, écrivains, associations et militants culturels contribuent à faire connaître son parcours.

Les recherches de l’historien Gilbert Pago, notamment son ouvrage Lumina Sophie dite Surprise, 1848-1879 : insurgée et bagnarde, participent à cette réhabilitation historique.

Des créations littéraires, des œuvres artistiques, des établissements scolaires et des monuments rendent désormais hommage à la jeune insurgée.

A Rivière-Pilote, une sculpture rappelle sa participation au soulèvement aux côtés d’autres figures de l’insurrection du Sud.

 

L’année 1870
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Née quelques mois après la conquête de la liberté, morte à 31 ans loin de son île, Lumina Sophie n’aura jamais connu l’égalité pour laquelle elle s’était engagée.

Plus de cent cinquante ans après l’insurrection du Sud, son nom demeure celui d’une femme qui refusa de se résigner aux injustices de son temps.

« Le Bon Dieu aurait une case sur la terre que je la brûlerais
car Dieu n’est sûrement qu’un vieux béké. »

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2 Commentaires

  1. Elo

    Bonjour si je peux me permettre, cette photo est erronée il s’agit de Luiza Mahin.
    J’ai le jeu de carte histoire noire et je pense que c’est une erreur.

    Bien à vous

    Réponse
    • Chantal CHARLES-ALFRED

      Bonjour Elodie, merci de nous avoir interpellé sur cette erreur d’image. Nous allons faire la modification nécessaire.
      Merci aussi pour votre vigilance et pour votre intérêt pour notre site.
      Sé grèn diri ka fè sak diri !!!

      Réponse

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