Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

9 août 2021

L’esclave ROMAIN

Sommaire

Le contexte

Romain est né sur l’Habitation DUCHAMP à Sainte-Philomène en Martinique, non loin de l’Habitation PÉRINELLE.

Son emprisonnement, pour avoir joué du tambour sans l’autorisation de son maitre, causa les évènements de mai 1848 à Saint- Pierre, Martinique.

Suite au décret du 10 avril 1848 porté par la commission d’émancipation du 4 mars de la même année, les esclaves deviennent des citoyens à part entière.

Cependant, suites aux troubles survenus durant les jours saints, une certaine répression et maintenue par le système esclavagiste.

1er incident

Le 13 mai au matin, pendant qu’une partie de l’atelier s’affaire à la « grage » ardue du manioc,  Romain se met à jouer du tambour pour les encourager.

Léo DUCHAMP, le fils du propriétaire, lui ordonne d’arrêter de jouer prétextant que le son bruyant du tambour risque de réveiller sa famille.

Romain refuse d’obtempérer. Le fils du géreur DUCHAMP porte plainte auprès de la police prétextant même avoir été bousculé. La police est dirigée par Pierre-Marie PORY-PAPY, qui exerce également la fonction d’adjoint au maire. On le retrouve d’ailleurs à la rédaction de nombreux actes d’état civil.

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PORY-PAPY envoie son adjoint PROCOPE pour constater le délit. Celui-ci sera donc confirmé.

2ème incident

Le samedi suivant, Romain remplace son tambour contre une caisse vide. DUCHAMP fait de nouveau appel à la police et une vive altercation s’ensuit.

Le 22 mai à 7h du matin, les gendarmes de Saint-Pierre arrivent à l’Habitation pour arrêter Romain qui est conduit à la Mackauline, prison de Saint-Pierre. Cette arrestation arbitraire remettant en question du décret d’abolition, la colère gronde au sein des esclaves et des gens de couleur libres.

Un imposant cortège formé par les esclaves venus du Prêcheur, du Carbet et du Morne-Rouge arrivent à Saint-Pierre pour exiger la libération du tambouyé.

 

Le maire HUSSON souhaite disperser la foule et demande à une cinquantaine d’hommes de s’en charger. Heureusement, Pierre-Marie PORY-PAPY, maire adjoint chargé de la sécurité, intervient de justesse et fait libérer l’esclave injustement puni.

L’attaque diligentée par le maire

La foule se disperse et chacun reprend sa route…

Cependant, en rentrant sur leur habitation, les esclaves vont se retrouver face à l’attaque d’une milice diligentée par le maire du Prêcheur, le béké Jean-François Antoine HUC. On déplore dans cette attaque 25 morts et de nombreux blessés.

Il s’ensuit alors une véritable insurrection.

Durant toute la nuit, une véritable bataille rangée va opposer les esclaves armés de coutelas, de gourdins et de piques aux hommes de HUC retranchés dans plusieurs bâtiments dont la gendarmerie, la mairie et le presbytère

Des familles békés se réfugient dans la maison MICHAUD. Les insurgés entourent la maison. Un coup de feu est tiré de l’intérieur et tue un manifestant, la maison est alors incendiée.

On dénombrera trente-trois morts dont Sainte-Clair DUJON, beau-fils de HUC.

Ce dernier ainsi que quelques familles békés sont contraints de fuir par la mer et quitteront définitivement la Martinique pour Cuba, Puerto-Rico ou mieux le sud des Etats-Unis où l’esclavage sévit encore. Il y restera jusqu’en 1854.

Une grande partie de Saint-Pierre est en flammes. Le peuple en colère réclame l’abolition immédiate de l’esclavage.

Le conseil municipal de Saint-Pierre appelle en urgence le gouverneur ROSTOLAND et lui demande de décréter l’abolition.

Le 23 Mai au matin, le gouverneur ROSTOLAND, signe un arrêté dont l’article 1er stipule : « L’esclavage est aboli à partir de ce jour à la Martinique ». 

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Cet arrêté municipal devance de plusieurs jours l’arrivée du décret d’abolition adopté le 27 avril 1848 par le gouvernement provisoire français.

Source

https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1993_num_80_301_3148

 

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