Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

6 novembre 2022

Fernand GABOU

Mort pour la France

(1893- 1924)

Sommaire

Son enfance

Fernand GABOU est né le 25 mars 1893 Section Bélair à Vieux-Habitants en Guadeloupe.

Fernand est officiellement né de père inconnu, mais on apprendra plus tard que son père s’appelle
Jean-Baptiste Rodolphe AUGUSTINE. Sa mère Marie-Charlotte GABOU est originaire de Basse-Terre.

Fernand est élevé par sa grand-mère Marie-Noëlle GABOU, ancienne marchande à Basse-Terre.

En 1913, le service militaire est instauré en Guadeloupe.

Fernand est alors incorporé sous les drapeaux sous le matricule 13449.

Son parcours

Le parcours des premiers soldats en métropole est particulier. La première classe appelée fut celle de 1912, envoyée immédiatement vers la métropole en octobre 1913 juste avant l’hiver ! Les soldats sont ainsi confrontés directement à la rigueur du froid dense qui remet en cause leurs capacités.

Tenant compte de ce constat, la classe 1913 est incorporée au printemps 1914, le 28 avril 1914 exactement au Camp Jacob avant de rejoindre la métropole le 1er mai 1914. Afin de mieux les acclimater, la traversée se fait via l’Afrique du Nord. Ils arrivent en Algérie le 21 mai 1914.

A l’entrée en guerre en août 1914, Fernand se trouve donc en France. Il est affecté au 1er Régiment de Zouaves et participe aux premières campagnes sur le front intérieur.

Lors de cette bataille très féroce, 74 soldats Guadeloupéens, dont 62 des classes 1912 et 1913, sont tués par l’ennemi.

Fernand GABOU se distingue par différents actes de bravoure. Le 10 mai 1915, il est envoyé sur le front des Dardanelles au sein du 2ème Régiment de Zouaves intégré dans le Corps Expéditionnaire d’Orient.

Le 1er juin 1915, il est nommé soldat de 1ère classe puis Caporal le 11 juillet.

Le lendemain 12 juillet, il est légèrement blessé au poignet à Seddul Bahr.

Avec une balle dans le poignet gauche il quitte les tranchées et emprunte probablement un boyau pour gagner le poste de secours derrière la troisième ligne de tranchées. La blessure étant légère il gagne seul le point sanitaire.

La balle est ainsi extraite le soir même.

Bien que légère, la blessure lui permet d’être éloigné du front et il embarque sur le paquebot « Canada », arrivé le 12 juillet à Gallipoli.

Le navire repart le 17 juillet direction l’hôpital auxiliaire de Tunis avec à son bord 450 blessés.

Il faut noter que certains soldats, pour tenter d’échapper au front, se mutilaient volontairement avec une balle dans la main ou le pied. Evidemment, s’ils étaient découverts, c’était le tribunal militaire et le peloton d’exécution pour désertion devant l’ennemi.

Il n’en est rien pour Fernand GABOU qui est véritablement blessé par une blessure de combat, d’où la nécessité de son évacuation.

Le 30 juillet 1915, il écrit à sa grand-mère :

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Tu n’as pas besoin de t’émotionner pour cela parce qu’il faut toujours que cela arrive et surtout c’est ne pas grave.

Je te donne connaissance que j’ai eu une balle au poignet le 12 juillet le soir vers sept heures mais seulement la balle était restée dedans le soir même ont la retiré.

Dès que j’étais blessé j’ai descendu des tranchées, j’ai été au poste de secours, on m’a soigné, de là j’ai pris le bateau Canada qui m’a conduit à l’hôpital auxiliaire n° 101 de Tunis.

Pour le moment la blessure ça va mieux, la plaie ne me fait pas mal, c’est que la main seulement qui me fait un peu mal.

Suivi de cet autre passage de la même lettre :

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Au revoir ma chère Grande mère, vivons toujours dans l’espoir de nous revoir.

Ton petit fils qui t’embrasse et qui t’envoie les meilleurs vœux afin que le bon dieu te conserve en vie.

Archives Départementales de Guadeloupe

Il envoie à sa grand-mère Marie-Noëlle GABOU cette carte d’Algérie durant l’hiver 1915-1916.

Après cette blessure et son repos, Fernand GABOU est envoyé en Algérie, à Constantine pour la période d’hivernage, du 3 octobre 1915 au 24 juillet 1916, il est envoyé à Sathonay, à proximité de Lyon.

Une deuxième période d’hivernage a lieu durant l’hiver 1916-1917, prenant fin le 2 mai 1917, dirigé sur le 3ème de Marche aux Armées.

Le 7 octobre 1917, il est retiré vers l’arrière du front, au 3ème dépôt jusqu’au 14 mai 1918. Il rejoint le 15 mai le 3ème de Marche aux Armées pour retourner au front, intégré dans le 3ème régiment de Zouaves.

A cette époque, la seconde bataille de la Somme est en cours.

Les Allemands ont lancé une offensive qui a déstabilisé les lignes alliées mais les premières troupes américaines débarquent à Cantigny et Foch reçoit le commandement unique de toutes les forces. L’offensive allemande se retrouve freinée à l’est d’Amiens le 28 mars 1918.

Les alliés lancent alors une contre-offensive durant l’été et c’est dans la Somme, à Guerbigny-Marquivillers que Fernand GABOU est tué au combat le 10 août 1918.

Il est inhumé en 1924 lors de la création de la nécropole de Montdidier. Cette nécropole abrite 7406 corps provenant de plusieurs cimetières de la Somme.

Fernand Maurice GABOU est dans une tombe individuelle, portant le numéro 219.

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Ses autres frères

Sur le Livre d’Or de Vieux Habitants qui recense la liste des soldats morts pour la France, on remarque que deux autres membres de la famille GABOU, frères de Fernand, sont aussi tombés face à l’ennemi.

Marie-Charlotte GABOU a donc perdu 3 fils durant cette guerre.

– Rodolphe Alexandre Antonin GABOU, classe 1915, appartenant au 152ème Régiment d’Infanterie est mort à Craonnelle, dans l’Aisne, le 24 juillet 1917.

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Il est inhumé dans la Nécropole Nationale, à Craonnelle dans la tombe numéro 94.

– Alcide Abel Gontran GABOU, classe 1917 mobilisé en 1915, soldat au 43ème Régiment d’Infanterie Coloniale, mort à Vrigny, dans la Marne, le 25 juillet 1918.

Il est inhumé dans la Nécropole Nationale « La Croix-Ferlin », à Bligny, dans la tombe numéro 112.

Source

Une famille habissoise décimée par la guerre… © Copyright Jean-Luc FOUQUET

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