Eugenie TELL

Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

13 juin 2020

 

Eugénie TELL-ÉBOUÉ 
(1891 – 1972)

Sommaire

Biographie

« Native de Guyane, Eugénie TELL-ÉBOUÉ, première femme députée de l’Outre-mer n’était pas que l’épouse du gouverneur général Félix ÉBOUÉ, l’homme Noir qui rallia l’Afrique équatoriale française à la France libre du général de Gaulle. Sous le titre Eugénie TELL-ÉBOUÉ : histoire d’une passion, Jean-Claude DEGRAS consacre une très belle biographie à ce personnage méconnu dont le parcours politique oscilla entre fidélité au gaullisme et idéal socialiste (SFIO) »

Avant-propos de Rodolphe ALEXANDRE, Président de la Région Guyane.

Elisabeth CHARLOTTE dite Eugénie TELL naît à Cayenne le 23 novembre 1891. Elle est la fille d’Herménégilde TELL, fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, qui a gravi tous les échelons des postes d’encadrement jusqu’à en devenir le tout puissant directeur en Guyane. Il est en outre franc-maçon, fréquente les hauts grades et il est le vénérable de la Loge La France Equinoxiale et de la Grande Loge de France à Cayenne.

Après des études secondaires au lycée de jeunes filles de Montauban, Eugénie TELL revient en Guyane, où son père lui assure un emploi d’institutrice à Saint-Laurent-du-Maroni.

Tout ainsi concourt à faire d’Eugénie une jeune fille en vue de la bonne bourgeoisie créole guyanaise, fréquentant les associations de bons goûts, les thés dansants et les bals de la loge, et pouvant espérer faire un mariage « aisé » avec un notable local, bien à l’écart de la misère du petit peuple de la colonie.

Les hasards de la vie vont lui faire rencontrer, de passage en Guyane, un jeune administrateur colonial en congé de son poste africain : Félix ÉBOUÉ. Ce dernier est loin de représenter le « parti » idéal pour une jeune fille de l’époque, il est issu d’une famille très simple, voire pauvre et qui a connu la gêne.

Félix ÉBOUÉ, diplômé de l’Ecole coloniale, aurait pu prétendre à une colonie prestigieuse, or il a choisi l’Afrique, où il exerce dans des postes de brousse en Oubangui-Chari. De plus, ÉBOUÉ est déjà père de deux enfants, conçus avec deux mères africaines, et dont il assure l’éducation. Toutefois, Eugénie est déjà âgée de plus de trente ans lorsqu’elle se marie avec Félix ÉBOUÉ, ce qui est assez tardif dans son milieu social. C’est, sans conteste, son alliance avec ÉBOUÉ qui va changer le cours de la vie d’Eugénie TELL.

Cette femme bourgeoise, habituée aux intérieurs proprets, à la musique classique pour piano, au théâtre du XVIIIe siècle, ayant jusque-là connu une vie très protégée, va suivre son mari dans toutes ses affectations. En premier lieu, un long retour en Oubangui-Chari, l’actuelle Centrafrique, puis la Martinique, le premier poste antillais, un retour en Afrique au Soudan, puis l’arrivée en Guadeloupe comme gouverneur du Front Populaire. Plus encore que la Martinique, le séjour guadeloupéen avec son adhésion populaire tiendra un rôle important quelques années plus tard dans la nouvelle vie d’Eugénie.

Eugénie TELL-ÉBOUÉ suit de nouveau son mari dans un poste africain supplémentaire, quand Georges MANDEL lui demande de prendre les fonctions de gouverneur du Tchad, et d’y mettre en place le bientôt nécessaire effort de guerre de l’Empire. Dès août 1940, Félix ÉBOUÉ rallie son territoire à la France libre du général de Gaulle, et l’Afrique équatoriale française tombe rapidement dans le camp gaulliste : il devient le 12 novembre 1940 gouverneur général de l’AEF, premier homme noir à obtenir un poste aussi important dans l’administration française. Il y consacre jusqu’en 1944 une énergie considérable, et au-delà il y perdra la vie, épuisé physiquement par tant d’années de labeur. Il s’éteint le 17 mai 1944 au Caire (Egypte). Les cendres de ce « compagnon de la Libération » furent transférées au Panthéon le 20 mai 1949.

Après le décès de son mari, Eugénie TELL-ÉBOUÉ, qui habitait à Asnières (Seine), entra dans la vie politique en tant que socialiste SFIO. Présentée comme la première candidate féminine aux colonies, elle fut élue aux deux Assemblées nationales constituantes : le 21 octobre 1945, dans la première circonscription de la Guadeloupe, et le 2 juin 1946.

Elle était depuis mai 1945, conseillère municipale de Grand-Bourg (Guadeloupe). Eugénie TELL-ÉBOUÉ figura en seconde position sur la liste SFIO aux élections législatives du 10 novembre 1946.

Veuve d’un des hauts personnages de l’Etat, héros de la France libre, belle-mère et mère de quatre enfants engagés dans la lutte contre l’occupant et la France de Vichy, elle-même engagée volontaire des FFL, Eugénie aurait pu se retirer, vivre de la pension de son défunt mari, et s’adonner à du bénévolat associatif ou des œuvres caritatives. Mais, elle décide de se tourner vers une carrière politique, et vient se réimplanter en Guadeloupe en 1945, au Conseil municipal de Marie-Galante, puis comme députée SFIO de la Guadeloupe aux côtés de Paul VALENTINO lors des 1ère et 2e Assemblées constituantes de 1946, avant de perdre les législatives face au tandem Rosan GIRARD–Gerty ARCHIMEDE.

Le 15 décembre 1946, Eugénie TELL-ÉBOUÉ est élue au Conseil de la République, avec un autre candidat de la SFIO, Clovis RENAISON. Elle siégea aux commissions de l’Éducation nationale et de l’Intérieur. Elle devient la première femme députée de l’Outre-mer.

En 1947, elle devient la première femme sénatrice de Guadeloupe et mena son combat pour l’amélioration de la vie en Outre-Mer : extension de la Sécurité Sociale dans les DOM, égalité de traitement des fonctionnaires dans nos régions et aussi le régime fiscal des DOM. En 1948, elle intervient pour obtenir des explications sur la situation politique et sociale de Madagascar.

A la même période, elle se rallia au RPF crée par le général de Gaulle. Lors du renouvellement du Conseil de la République, le 7 novembre 1948, Eugénie conduisit en Guadeloupe la liste du RPF qui remporta au deuxième tour les deux sièges à pourvoir. Sous cette étiquette, elle fut aussi réélue aux municipales d’octobre 1947. Elle siégea au groupe d’Action démocratique et républicaine du Conseil de la République. Depuis juin 1949, elle était membre du conseil de direction du RPF. Elle devint la vice-présidente du conseil d’administration de l’association « Pour l’Union française ».

Eugénie n’est pas en situation de pouvoir se représenter en Guadeloupe pour le Conseil de la République en 1952, et va tenter sa chance en Guyane. Sa défaite contre Auguste BOUDINOT, maire de Cayenne et président du Conseil général de la Guyane, est sans appel et signe la fin de sa carrière ultramarine.

Le 10 juillet 1952, Eugénie ÉBOUÉ quitta le Conseil de la République pour l’Assemblée de l’Union française, dont elle demeura vice-présidente jusqu’à la fin de l’année 1953. Elle occupa ensuite la fonction de vice-présidence du groupe des Républicains sociaux de cette Assemblée.

Elle fut nommée au Conseil économique et social (section des activités sociales). La vie politique de la métropole suscitait cependant toujours son intérêt, et, lors des élections législatives anticipées du 2 janvier 1956, elle fut candidate en troisième position sur la liste présentée par les Républicains sociaux dans la cinquième circonscription de la Seine. Elle ne fut pas élue car cette liste ne remporta qu’un siège mais elle devient conseillère municipale d’Asnières en 1958. Elle se consacra également à l’Alliance internationale des femmes dont elle intégra le comité directeur.

Le reste de sa vie est consacrée à des actions dans le cadre de mandats ou d’institutions hexagonales.

Elle décède à Pontoise le 20 novembre 1972.

Femme d’un très grand homme ayant eu un parcours politique atypique Eugénie ÉBOUÉ reste une femme exceptionnelle mais souvent méconnue, y compris dans son pays d’origine.

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Sources

https://creoleways.com/2016/02/16/eugenie-tell-eboue-histoire-dune-passion-biographie-de-jean-claude-degras/
https://maitron.fr/spip.php?article23867

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