Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

27 avril 2021

Les registres d’individualité en Martinique

Après 1848, retrouver le nom qui relie les générations

Votre arbre avance, puis le patronyme disparaît des documents. Pour de nombreuses familles martiniquaises, la recherche doit alors franchir le passage entre esclavage et liberté. Les registres d’individualité sont l’une des sources majeures de cette enquête : ils permettent de retrouver l’identité enregistrée pour les personnes libérées en 1848 et d’explorer leurs liens familiaux.

Un acte qui marque une nouvelle étape civile

Après l’abolition, l’administration établit l’état civil des nouveaux libres et leur attribue un patronyme. Les actes d’individualité consignent cette opération. Ils ne sont pas des actes de naissance ordinaires : une personne peut être enregistrée alors qu’elle est déjà adulte. La date de l’acte ne doit donc jamais être recopiée comme sa date de naissance.

Ces documents concernent une population et une démarche précises. Ils doivent être distingués des actes d’affranchissement antérieurs à l’abolition générale, des registres concernant les personnes esclavisées et de l’état civil tenu après l’émancipation. Ces ensembles se complètent ; ils ne sont pas interchangeables.

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Chercher un nom, lire une vie

Le portail des Archives territoriales de Martinique propose une recherche nominative dans les registres d’individualité, pour une période annoncée de 1848 à 1880. Cette couverture décrit la base de recherche : elle ne signifie pas que l’ensemble des inscriptions a été effectué uniformément dans chaque commune pendant toute cette période.

Commencez par le patronyme connu, puis essayez les variantes de graphie. Ouvrez ensuite la notice et l’image associée lorsqu’elle est disponible. Relevez exactement les renseignements présents, y compris les liens maternels ou les autres indications d’identification. Un champ vide reste une information absente, pas une invitation à compléter l’histoire.

Une piste documentée : Galline Delzoide
La base nominative de Fort-de-France signale Galline Delzoide, née vers 1821, avec une mère identifiée sous le nom de Pallas. La notice renvoie à l’acte d’individualité n° 292, registre 2E10/51, daté du 13 octobre 1848. Elle indique aussi un décès à Fort-de-France en 1884, acte n° 313.

Cet exemple montre l’intérêt d’un rapprochement entre sources : une identité, une mère nommée et une référence de décès ouvrent plusieurs recherches. Il ne s’agit pas encore d’un arbre complet. L’étape suivante consiste à consulter les documents cités et à contrôler leur cohérence.

Les cinq repères à relever

  • L’identité : nom attribué, prénoms et variantes de lecture.
  • La référence : commune, cote du registre, date et numéro d’acte.
  • Les indications personnelles : âge ou naissance approximative, lieu et autres précisions effectivement inscrites.
  • Les liens familiaux : personnes nommées et nature exacte du lien indiqué.
  • Les pistes complémentaires : renvois, matricule ou annotations, lorsqu’ils existent dans le document.

La présentation et les renseignements varient. N’attendez pas systématiquement un nom de propriétaire ou une habitation dans chaque acte. Leur absence ne permet pas de conclure que la personne n’a aucun lien avec le lieu ou la famille que vous étudiez.

Remonter avant le patronyme

Une fois l’acte retrouvé, gardez une copie et comparez-le aux naissances, mariages et décès de la personne et de ses proches. Pour la période antérieure, explorez les autres collections disponibles : actes concernant les personnes esclavisées, registres paroissiaux, documents notariés et affranchissements.

Un même prénom peut désigner plusieurs personnes. La mère nommée, un âge approximatif ou un matricule peuvent fournir des points de comparaison ; aucun rapprochement ne doit être retenu sur la seule ressemblance d’un nom. Notez les indices convergents et les contradictions.

Ce que le nom ne prouve pas

Deux personnes portant le même patronyme ne sont pas nécessairement parentes. Inversement, des membres d’une même famille peuvent apparaître sous des identités différentes. Cherchez des liens documentés plutôt qu’une explication générale fondée sur la forme du nom.

Les registres d’individualité sont des archives administratives produites dans un contexte colonial. Ils rendent visibles des identités et certains liens ; ils ne restituent pas à eux seuls toute l’existence des personnes. Croiser les sources permet de redonner progressivement de l’épaisseur à ces parcours.

Sources et accès aux documents

Pour poursuivre : notre guide pour lire et retrouver un acte d’état civil.

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2 Commentaires

  1. ROSALIE

    Bonjour
    Pourquoi ne peut-on plus voir les actes d individualité des esclaves

    Réponse
    • Chantal CHARLES-ALFRED

      Bojiur
      Les actes d’individualité des anciens esclaves, établis après l’abolition de 1848, peuvent être consultés dans plusieurs services d’archives, notamment en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane. Certains registres sont numérisés et accessibles gratuitement.

      Réponse

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