Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

18 mars 2021

Hégésippe LÉGITIMUS

(1868 – 1947)

Sommaire

Son enfance

Hégésippe LÉGITIMUS est né le 8 avril 1868 à Point-à-Pitre.

Issu d’un milieu modeste, il est le fils de Jean-Pierre LÉGITIMUS et d’Héloïse MOULON.

Son père marin pécheur, originaire de Saint-Louis de Marie-Galante, est né esclave. Il a reçu le nom patronymique de LÉGITIMAFAU de sa mère Jeanne. Ce nom proviendrait du latin avec pour traduction de « nous légitimons ».

Sa mère Héloïse MOULON ouvrière d’habitation est aussi originaire de Marie-Galante. 

En 1894, son père disparaît en mer lors du naufrage de son canot « Béatrice » à la rade de Pointe-à-Pitre. Hégésippe LÉGITIMUS se retrouve sous la tutelle successive de Montout un homme d’origine Haïtienne, de son oncle Saint-Prime LÉGITIMAFAU puis enfin de son frère aîné Emmanuel.

A force de sacrifices, son oncle parvient à le faire entrer au lycée de Pointe-à-Pitre. Il fait ainsi partie de la première promotion de Noirs à accéder au lycée

En 1888, il est exclu du lycée et ne peut achever ses études secondaires. La cause ? Une bagarre avec un répétiteur mulâtre. Le jeune LÉGITIMUS est intervenu pour défendre un ami, Anthony ABEL, qui aurait reçu un coup de pied de cet enseignant.

Après cet épisode, Hégésippe LÉGITIMUS entre à l’Association des Amis des Noirs dirigés par Destreville CHOULON. Grâce à son charisme et ses talents d’orateur, il en devient un des leaders. En 1891, il transforme cette association en un Comité de la Jeunesse Républicaine.

Un homme très engagé

Le 14 juillet 1891, le comité lance le journal  « le Peuple ». Ce journal avait pour but « de défendre les petits et les humbles quel que soit la couleur de leur peau« .

L’année suivante, « le journal » est remplacé durant quelques mois par « le cri du Peuple« .

Hégésippe LÉGITIMUS a créé d’autres journaux pour lutter contre la misère et la pauvreté chez le « petit peuple », et aussi pour soutenir la politique de Léon BLUM et du gouverneur Félix ÉBOUÉ ; Ces journaux sont « Schœlcher », « La Fraternité », « Le Front Populaire de la Guadeloupe » et « Le Phare Républicain ».

Sa carrière politique

Vers 1890, Hégésippe LÉGITIMUS commence à s’intéresser à la politique . Il  fonde un mouvement  socialiste  afin de défendre les ouvriers et les noirs et travers lequel il s(attaque au quasi-monopole des mulâtres dans la vie politique et locale. Ce mouvement très vite populaire deviendra le Parti Socialiste.

En 1892, il est candidat aux élections municipales à Pointe-à-Pitre, mais il recueille très peu de voix. Il est battu par le maire sortant de la commune, Armand HANNE

En 1893, il participe aux élections législatives et crée la surprise en obtenant plus de voix que son adversaire Auguste ISAAC.

Malheureusement au second tour, c’est son adversaire qui l’emporte.

En 1894, LÉGITIMUS est élu Conseiller Général du canton du Lamentin. L’année 1898 marque son triomphe, puisqu’il devient député, à l’âge de 30 ans.

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Hégésippe LÉGITIMUS passe un accord avec un homme politique Gaston GERVILLE-RÉACHE et ses partisans républicains. Cette union porte ses fruits, puisqu’en en 1898, il est élu président du Conseil Général de la Guadeloupe.

Mais la discorde s’installe dans les deux camps, une scission est engagée.

Pour faire face à cette situation, Hégésippe LÉGITIMUS fait alliance avec le journaliste Alfred Léon GÉRAULT-RICHARD. Ensemble, ils fondent en 1902 « L’Entente Capital-Travail« .

En 1904, LEGITIMUS devient maire de Pointe-à-Pitre.

Cette union va conduire au triomphe des 2 hommes en 1908, puisque GÉRAULT-RICHARD est élu sur la Basse-Terre et LÉGITIMUS sur la Grande-Terre. A cette période, on voit apparaître de nouvelles mesures en Guadeloupe telles que la laïcisation de l’école primaire, la création d’un hospice, des subventions diverses, etc…

La déchéance

Malheureusement, l’union entre les deux hommes se brise. Ainsi commence les années terribles de 1907 à 1912 qui conduisent à la mort de « l’Entente Capital-Travail », à l’isolement et à l’élimination de LÉGITIMUS en politique.

En effet, lors des élections cantonales, Hégésippe Légitimus est poursuivi par le procureur général pour une affaire de fraude électorale.

L’année suivante, il est condamné à deux ans d’emprisonnement et à cinq années de privation de ses droits civiques.

Il se pourvoit en cassation et échappe à l’arrestation. Cet épisode lui vaudra une mauvaise réputation.

En 1912, il perd la mairie de Pointe-à-Pitre face à Achille RENÉ-BOISNEUF.

Isolé, affaibli du parti, délaissé par le prolétariat, déprimé par les procès et ses poursuites judiciaires, LÉGITIMUS décide de se retirer et de ne pas se représenter aux élections législatives de 1914.

En 1937, le président de la République, Albert LEBRUN, nomme Hégésippe LÉGITIMUS Chevalier de la Légion d’Honneur.

Le 29 novembre 1944, il meurt en France à Angles-sur-L’Anglin. Il sera enterré au cimetière du village.

En 1947, le ministère des Colonies accepte de rapatrier son corps. Le lundi 31 mars 1947, la dépouille d’Hégésippe LÉGITIMUS arrive par bateau. Il sera exposé à la mairie de Basse-Terre, puis de Pointe-à-Pitre où eurent lieu ses funérailles le 2 avril 1947.

La reconnaissance

Plusieurs rues et boulevards de Guadeloupe portent actuellement son nom, au Lamentin à Petit-Canal, et à  Marie-Galante.

A Pointe-à-Pitre sur une place de la rue Félix ÉBOUÉ de Pointe-à-Pitre, un buste perpétue le souvenir de ce premier député noir sans compter le boulevard qui porte son nom. Son portrait est exposé dans plusieurs mairies du département.

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Aux Abymes, une plaque commémorative est accrochée sur la façade de l’immeuble de la propriété « de Féret » dans laquelle il vécut de 1907 à 1937.

Source

Florent Girard, Hégésippe Jean LÉGITIMUS : ou L’ Apôtre de l’émancipation des Nègres de Guadeloupe

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2 Commentaires

  1. Nath GEN'SET-LÉGITIMUS

    Chère Chantal,
    Légitimus est décédé en 1944 en non en 1947.
    Par ailleurs, je retrouve d’autres inexactitudes souvent relayées d’après de nombreuses publications dont celle de Florent Girard… bien que l’un des ses petits-fils (mon compagnon, Gésip 1930-2000) en ait fait part en ma présence à Florent à son domicile parisien bien avant la parution; ce dernier n’en ayant malheureusement pas tenu compte en défaveur de l’Histoire…
    Les écrits les plus proches de la réalité se trouvent dans l’oeuvre de Georges Boussenot : « L’affaire Légitimus et la race noire », Paris, Maison des publications littéraires et politiques, paru en 1912, 398 pages.
    Bien cordialement,
    Nath

    Réponse
    • Chantal CHARLES-ALFRED

      Bonjour Nath

      Merci infiniment pour toutes ces informations complémentaires concernant Gesip Légitimus.
      Je vais tenir comte des ces données pour modifier et ré-éditer l’article en conséquence.
      Chantal Outremer Memory

      Réponse

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