Cécile JEAN-LOUIS, dite MOUNE DE RIVEL

Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

7 janvier 2022

Cécile JEAN-LOUIS,

dite

MOUNE DE RIVEL

 (19182014)

 Sa jeunesse

Cécile JEAN-LOUIS, dite Moune de RIVEL est née le 7 janvier 1918 à Bordeaux. Ses parents sont originaires de sainte- Anne en Guadeloupe.

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Sa mère Fernande de VIREL est professeur de musique diplômée du Conservatoire de Paris et son père Jean Symphorien Henri JEAN-LOUIS, un grand magistrat et avocat.

Son père est un acteur infatigable du panafricanisme et de la lutte anticolonialiste pour l’indépendance aux Antilles.

Il adopta le nom de Baghio’o, en référence à un lointain ancêtre de Tombouctou dont les descendants esclaves en Guadeloupe s’illustrèrent dans la lutte pour l’émancipation à l’époque de Delgrès.

Un des frères de Moune de Rivel, Victor JEAN-LOUIS écrivain, gardera le patronyme de Baghio’o et sera connu sous le nom de Jean-Louis Baghio’o.

Très jeune, la petite Moune de Rivel reçoit très une bonne éducation musicale. Elle grandit dans une ambiance familiale privilégiée par la musique avec le passage de musiciens illustres tels qu’Archange Saint-Hilaire, Marie-Madeleine Carbet, Léona Gabriel, Collat, Ernest Léardée ou encore Stellio qui venaient répéter dans la maison familiale.

 

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C’est d’ailleurs sa rencontre avec la chanteuse Marie-Madeleine Carbet qui lui permet de découvrir l’authentique musique créole. 

La carrière de Moune de Rivel fut grandement influencée par sa mère musicienne de grand talent.

Fernande de Virel est issue de la famille Dufresne de Virel, famille de nobles originaires de Bretagne.

En 1783, un membre de la famille de Virel s’exila à Saint Barthélémy et eut une descendance en Guadeloupe. On trouve dans cette branche guadeloupéenne plusieurs musiciens : violonistes, pianistes et professeurs de musique à Pointe à Pitre. Fernande de Virel, lauréate du Conservatoire National de Musique de Paris en 1902, a composé de nombreux airs traditionnels guadeloupéens.

Moune de Rivel avait d’abord choisi le nom de sa mère « de Virel » comme nom d’artiste. Elle permuta le V et le R en 1948 suite à la plainte de la famille Dufresne de Virel.

Léona Gabriel qui est aussi une amie de la famille est très admirée par la petite Moune de Rivel qui fredonne doucement ses chansons pendant que Léona chante.

A 11 ans encouragée par sa mère, la petite Moune de Rivel fait ses débuts dans la musique. Fernande de Virel lui compose deux chansons  » MAMZELLE, KA OU TI NI  » et «  Chocolat à la doumite « .

A 15 ans Moune de Rivel donne son premier récital au cabaret de la BOULE BLANCHE à Paris. Elle est accompagnée au piano de sa mère Fernande de Virel.

Cécile se prend au jeu de l’interprétation développant une aisance extraordinaire. Elle compose, chante, interprète, joue du piano et de la guitare, elle sait même imiter les bruits de la nature et le chant des oiseaux.

Fin des années 30, Cécile chante dans les cabarets les plus en vogue : le Cabaret des Fleurs, la Tomate…Elle est aussi en vedette à l’ouverture du nouveau cabaret « la Canne à Sucre ».

Elle est accompagnée par l’orchestre du musicien Pierre LOUISS. On y retrouve également le guitariste Roland PATERNE, Christian JEAN-ROMAIN à la batterie, Robert ROCH à la contrebasse.

La carrière de Moune de Rivel est maintenant à son apogée. Elle joue désormais dans la cour des grands.

Son parcours artistique

La chanteuse est remarquée par un agent artistique Américain de la Compagnie disque Victor. Elle est engagée pour deux mois au célèbre Café Society de New-York.

Finalement, Moune de Rivel restera deux ans aux Etats-Unis, où elle jouera avec les plus grands noms de la musique noire américaine, Erold GARNER, Eron BRIDGERS, Ellis LARKINS, etc

En décembre 1945, Moune de Rivel est la première artiste française engagée aux États-Unis après la guerre. Elle arrive à New York peu avant Noël 1945 et se produit chaque soir à partir du 21 février 1946 au Café Society Uptown, dirigé par Barney JOSEPHSON. Avant cela, elle est filmée dans un documentaire d’actualités sur la vie nocturne new-yorkaise intitulé « Night-Club Boom » de la série « the March of Time ».

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La célèbre revue Life Magazine lui consacre un article dans son numéro du 1er avril 19464. Le 31 juillet 1946 à Baltimore, Moune de Rivel épouse le pianiste de jazz Ellis LARKINS. Elle en divorcera le 5 juillet 1949 à Paris. Moune restera deux ans aux États-Unis, avec une coupure de trois mois en France fin 1946.

Moune de Rivel parcourt le monde entier. Elle sillonne les Caraïbes, l’Afrique francophone, l’Océan Indien, l’Amérique, et l’Europe, notamment la Finlande, la Belgique, la Suisse, et la France.

A la libération, c’est la première artiste créole française à se produire dans un des plus grands cabarets de New-York, le Café Society. Depuis 1952, elle se produit régulièrement en Finlande, où elle est très appréciée. Ses nombreux voyages ont stimulé sa curiosité et son attirance des particularismes culturels. Elle va jusqu’à interpréter des chansons étrangères dans la langue de ses hôtes

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Elle participe au tournage du film  » Night-Club ROOM « . Elle épouse également le pianiste de jazz Américain Ellis Larkins.

Moune de Rivel a régulièrement animé des soirées dans des clubs et autres lieux culturels et gastronomiques, comme La Canne à Sucre ou Le Flamboyant. Dans les années 1960 elle ouvre un cabaret aux Champs-Elysées à Paris,
« le Perroquet du Nid
», où elle interprète les chansons de son répertoire et invite des orchestres de qualité en vogue.

En 1960 elle crée l’école de danses et de chants traditionnels Moune de Rivel, dont la vocation est de regrouper les jeunes talents antillais, guyanais et réunionnais.

A partir de 1963, Moune de Rivel présente plusieurs spectacles folkloriques dans des cabarets parisiens, dont Bobino en 1970. Son spectacle « Horizons créoles » sera accueilli par Sylvia Montfort au Carré Thorigny en 1974.

De 1961 à 1974, elle produit des émissions hebdomadaires à l’ORTF, « Charme de Paris », « Charme des Antilles », « Sources Vives ».

Au fil de sa carrière, Moune de Rivel enregistre plusieurs disques.

Dans ses compositions, elle s’inspire des rythmes traditionnels, des scènes de vie, des bruits de campagne antillaises et guyanaises, des tambours ka et bèlè.

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En 1969, elle enregistre son premier disque poétique en langue française, un recueil de chansons dont elle a composé la musique, sur les textes d’auteurs contemporains, tels que René MARAN, Jean-Pierre CHABROL, Florette MORAND, Gilbert GRATIANT. Elle enregistrera aussi « Horizons Créoles« , « Guyane Mo Guyane« , « La Mazurka et toi« , « Mi an bèl péyi la Martinique« , etc.

Moune de Rivel a chanté et joué avec presque tous les musiciens de sa génération tels que Pierre LOUISS, Al LIRVAT, Barel COPPET, Yoyo SIOBUD, Pierre de VEVE ou Harry GATIBELZA.

Artiste aux talents multiples, Moune de Rivel est également actrice et peintre. Elle fait plus de 20 apparitions au cinéma, auprès de Claudia Cardinale, Bachir Touré, Véronique Jeannot, Alain Delon, etc. Elle jouera également dans des téléfilms scandinaves.

Son parcours voué à la musique folklorique lui vaudra des amitiés dans le monde entier.

Soucieuse de transmettre son amour de la musique créole, Moune de Rivel a créé en septembre 1995 à Paris, le Conservatoire Moune de Rivel « Mizik an nou », où des jeunes et moins jeunes, originaires des Antilles-Guyane, de la Réunion, de l’Océan Indien, et d’autres horizons suivent des ateliers de musique traditionnelle et interprètent des œuvres créoles d’hier ou d’aujourd’hui.

Moune de Rivel est décédée le 27 mars 2014 à Paris à l’âge de 96 ans. Elle repose au côté de sa mère, Fernande de Virel, au cimetière du Montparnasse.

Artiste reconnue, cette grande dame guadeloupéenne de la chanson créole était touchée depuis 10 ans par la maladie d’Alzheimer.

Elle laisse derrière elle une œuvre discographique considérable.

 

La reconnaissance

Moune de Rivel  a été couronnée par la reconnaissance du public et récompensée à maintes reprises par de nombreuses distinctions :

Chevalier de l’Ordre National de la Haute Volta
Chevalier de l’Ordre National du Mérite (1966)
Médaille de la Ville de Paris (1967)
Médaille de la Courtoisie française (1968)
Médaille de la commune de Sainte-Anne  (1994)
Officier de l’ordre National du Mérite (1994)
Médaille de la ville de Pointe-à-Pitre (1996)
Chevalier des arts et des Lettres (1997)

 

Une rue à Morne-à-l’eau porte son nom.

 

Sa discographie

 

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