Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

12 janvier 2021

André ALIKER
(1894- 1934)

Sa biographie

Fils  d’une famille d’ouvrier agricoleAndré ALIKER est né le 10 février 1894 dans la commune du Lamentin, en Martinique.

C’est le fils cadet de Louise Anne ALIKER, surnommée « Fanfanm », une femme au caractère bien trempé. Elle vit en couple avec un Monsieur Ernest MONCONDUIT, comptable blanc de l’habitation sur laquelle elle travaille. Le couple aura 14 enfants dont 7 atteindront l’âge adulte (Emmanuel, André, Ernest, Marcel, Renée et Evrard).

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André suit des études à l’école du BourgLe 17 mai 1915, il se porte volontaire et s’engage dans les troupes de l’armée pour de longs mois. Durant cette période, il aura un parcours militaire exceptionnel, où il accomplira avec brio plusieurs missions périlleuses, notamment en Lorraine. 

De retour au pays en 1918, il travaille dans une épicerie située Rue Blénac, à Fort-de-France. Par la suite, il s’installe à son compte dans le commerce de gros et demi-gros.  

Parallèlement, il se passionne pour le journalisme, ce qui lui permet de dénoncer la situation sociale des ouvriers agricoles

Journaliste militant

Militant actif,  André ALIKER est membre du groupe communiste Jean JAURÈS et aussi animateur du Syndicat des Employés de Commerce. Il est rédacteur en chef, correcteur et diffuseur du journal « Justice », l’organe de presse du Parti Communiste en Martinique, fondé par Jules MONNEROT.

Il signe des articles de ses pseudonymes « Zoupa » ou « l’œil de Moscou » dans lesquels il dénonce les injustices, les dysfonctionnements de l’administration ou les abus de certains grands patrons.

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L’affaire ALIKER

Un jour de 1933, il apprend par une source très bien placée qu’Eugène AUBÉRY est au cœur d’un vaste scandale financier, mêlant fraude fiscale et corruption de magistrat.

Quelques années plus tôt, AUBÉRY est devenu l’une des figures les plus puissantes de l’île, à la faveur d’un « bon mariage » avec une héritière de la famille HAYOT. Il est désormais directeur de la très lucrative usine à sucre de Lareinty.

Dans une édition spéciale du journal en date du 11 juillet 1933, André ALIKER publie alors un article intitulé « Le Panama de Lareinty, les chéquards de la fraude fiscale. Magistrats pris la main dans le sac », accompagné d’une série de documents.

Les documents sont extrêmement préjudiciables. Il s’agit entre autre, d’une plainte déposée par Emmanuel de LACOSTE auprès du Ministre de la Justice à l’encontre d’Eugène AUBÉRY.

Qui était Emmanuel de LACOSTE ?

C’était un ancien Commissaire-priseur, distillateur, devenu le secrétaire et homme de confiance d’Eugène AUBÉRY. De LACOSTE est un riche béké.

De LACOSTE a fait de nombreux séjours à Paris avec de grosses sommes d’argent, dans le but d’utiliser un lobbying auprès des plus hauts responsables administratifs, juridiques et politiques.  Malheureusement, ses relations avec Eugène AUBÉRY se dégradent.

Emmanuel de LACOSTE remet alors au journaliste des documents compromettants sur les agissements d’ Eugène AUBÉRY.

Lavigne SAINTE-SUZANNE, gendre d’Eugène AUBÉRY, se rend chez André ALIKER pour tenter de le corrompre et récupérer lesdits documents. Mais ALIKER reste incorruptible et diffuse l’anecdote dans son journal.

L’article parait dans l’édition du 11 juillet 1933, et fait l’effet d’une bombe à la Martinique.

Il énonce tout d’abord, la fraude fiscale. Puis, il met en lumière la complicité de certains magistrats métropolitains liés au milieu béké.  

De LACOSTE accuse notamment AUBÉRY d’avoir acheté le juge PLAISSART. En effet, de LACOSTE lui avait lui-même remis un chèque d’un montant de 200.000 FF, postdaté du 08 mai 1930.

Le 26 avril 1933, soit 16 jours après le jugement, le juge PLAISSART quitte la Martinique, en ayant encaissé le chèque le 10 mai en France.

Le scandale éclabousse également des hauts fonctionnaires, des politiques hommes de couleur, tels Georges PETIT, directeur intérimaire de l’Enregistrement ou Louis-Oscar FROSSART, ex-député socialiste ou encore le sénateur Henri LÉMERY.

Le 3 novembre 1933, André ALIKER est agressé sur la place de la Savane, à Fort-de-France.

Le 1er janvier 1934, André ALIKER est enlevé, bâillonné et jeté à la mer. Il parvient à survivre.

Il écrit à son frère Pierre, alors étudiant en médecine à Paris, et le prévient qu’Eugène AUBÉRY a mis sa tête à prix.

Le 12 janvier 1934,  André est retrouvé mort sur la plage de Fond-Bourlet, sur la commune de Case-Pilote. Son corps ligoté a été rejeté par la mer.

Le 23 janvier 1936, après deux ans d’enquête, le procès de l’assassinat d’André ALIKER a lieu à Bordeaux.

Les comparants sont le Ste-Lucien Darcy Moffat et le Dominicain Herbert MELLON, tous deux accusés de complicité d’assassinat. Mais faute de preuves, ils sont relaxés par la cour d’assises de Gironde. Eugène AUBÉRY qui a aussi été convoqué à l’audience en qualité de témoin, ne se présente pas et écope d’une amende  de 100 francs.

La décision est vécue comme une injustice insupportable par le plus jeune des frères ALIKER, prénommé Marcel. Lors d’un enterrement au Lamentin, souhaitant venger son frère André, il tire alors sur AUBÉRY. Malheureusement son arme s’enraye.  Il sera tout de même acquitté pour ce geste par la cour d’assises de la Martinique qui lui attribue des circonstances atténuantes. 

A ce jour, les assassins de son frère demeureront impunis et ne seront jamais inquiétés.

En hommage à son frère disparu, Pierre ALIKER médecin illustre et grand ami d’Aimé CÉSAIRE décidera de s’habiller tout de de blanc.

Sources

https://maitron.fr/spip.php?article90420

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