Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

21 janvier 2022

Alain JEAN-MARIE
musicien hors-pair et hors-concours

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Alain Jean-Marie (AJM) est incontestablement l’artiste français le plus titré. En remportant les Victoires du Jazz et le meilleur album français décerné en 2020, par l’Académie du Jazz en compagnie de Diégo Imbert, sa carrière prend une nouvelle dimension.

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Cet autodidacte de renommée internationale est un prodige du jazz reconnu par ses pairs. Il a joué avec les plus et s’inscrit dans la lignée des plus grands.

Say begin now

Depuis « Piano Biguines » en 1969, produit par Henri Debs, il y a déjà plus d’un demi-siècle, Alain Jean-Marie va faire sa propre révolution musicale. D’instrument d’accompagnateur, il transforme le piano en instrument soliste. Dès lors, plus rien ne sera comme avant !

« Avec son cachet de 1.000 francs que je lui ai remis à l’époque, raconte Henri Debs, il achètera pour 800 francs de disques de jazz dans mon magasin  » !

Il a su allier de façon magistrale une reconnaissance entre le jazz classique avec le jazz caraïbéen créant une alchimie dont lui seul connait la recette il est précurseur de ce style nouveau musical. « Le jazz, reconnait-il, c’est comme l’horizon, on n’arrive jamais à l’atteindre… ».

D’autres musiciens tels que Paulo Rosine, Ronald Tulle, Mario Canonge, Dominique Bérose reprendront avec tout autant de succès les inspirations de ce maestro.

Au fil du temps, AJM a su obtenir les lettres de noblesse et se faire un nom dans le cercle très fermé des musiciens de jazz.

Il deviendra le partenaire pour les « biguinologues » de la place, notamment Emilien Antile, Robert Mavounzy, Edouard Mariépin, Edouard Benoît. Avec son cousin Emmanuel Césaire il sera à la base du groupe Malavoi accompagné de Jean-Claude Montredon.

Installé à Paris dans les années 70, il sera le protégé d’Albert Lirvat à la Cigale avant de devenir incontournable sur la planète jazz.

Les Américains de passage, le sollicitent exclusivement. Son style unique et sa discrétion séduisent les spécialistes qui n’hésiteront pas à lui décerner le Prix Django Reinhart en 1979. Directeur artistique de Dee Dee Bridgewater pour la pièce « Lady Day », il enchainera en remportant le Django d’Or décerné par l’Académie du Jazz et le Prix Boris Vian décerné au meilleur musicien français en 1999.

2020.  Alors que le 1er confinement dû au Covid touche de plein fouet le monde artistique, AJM remporte le prix pour le meilleur album de jazz français de l’Académie du Jazz en compagnie de Diego Imbert pour un hommage à Bill Evans avec un duo piano-contrebasse. (Interplay

En décembre 2021 lors des Victoires du Jazz, participant hors-concours, il s’est vu remettre une victoire d’honneur récompensant l’ensemble de sa carrière.

En musique, la difficulté d’est pas d’atteindre les sommets, mais d’y rester. Les musiques passent avec le temps, Alain Jean-Marie reste. Assurément, cet orfèvre musical a d’autres bijoux à réaliser.

« Dans la famille Jean-Marie, on appelle : Alain » !

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Véritable pilier de la musique caraïbéenne Alain Jean-Marie est un véritable monument. Cet homme discret né à Pointe-à-Pitre le 29 octobre 1945 est un autodidacte.

Issu d’une fratrie de 11 enfants, 8 frères et 2 sœurs, il a baigné dans le monde musical depuis toujours.

Son père, originaire de la Martinique, était un grand mélomane. Il appréciait la belle musique et avait acquis un piano. Passage obligé, au quotidien pour la majorité de ses frères.

Sa mère, costumière dans la troupe « La Brisquante » était le bras droit de Man Adeline créatrice de l’Association « L’Entraide Féminine ».

« A cette époque, se rappelle-t-il, la musique est omniprésente. Dans les transports en commun, les magasins, les salles d’attente. A la radio on écoute « Jazz aux Champs-Elysées », la messe musicale.

Le jeune Alain débute le piano à l’âge de huit ans et prend des cours avec Madame René. Sa destinée est tracée, il sera musicien !

Adolescent, il fait ses débuts professionnels dans les bals en Guadeloupe, et en particulier au sein de l’orchestre de Robert Mavounzy.

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De 1967 à 1970, Alain Jean-Marie fait de nombreux allers-retours entre le Canada en été, et les Antilles en hiver.

En 1969, il enregistre « Piano Biguines » production Henri  Debs, qui fera partie d’une série de titres qui débouchera 25 ans plus tard, sur le premier enregistrement de « Biguines Réflections« .

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Destinée musicale 

Il se produit alors régulièrement en trio avec Winston Berkley et Jean-Claude Montredon.

En 1973, Alain Jean-Marie que l’on surnomme affectueusement AJM s’installe à Paris. Il enchaine les prestations dans des lieux connus ou en devenir. Les temps sont durs et les cachets ne suivent pas toujours souvent à cause de patrons parfois malhonnêtes. 30 francs par jour, juste de quoi régler la chambre d’hôtel !

Cependant la chance lui sourit, il rencontre le tromboniste Albert Lirvat musicien très connu de l’époque et boss à La Cigale. AJM l’admire profondément. Suite au départ du pianiste du moment, Al Lirvat recherche un nouveau pianiste… Naissance d’une longue collaboration entre les 2 hommes. « Il avait un bon coup de fourchette » dit-il.

 

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Sideman d’exception

Rapidement reconnu comme un partenaire de premier choix, Alain Jean-Marie sera souvent sollicité. Il accompagnera régulièrement les plus grands tels que Chet Baker, Sonny Stit, Art Farmer, Johnny Griffin, Lee Konizt, Bill Coleman, Max Roach, Benny Golson, Christian Escoudé..

Les collaborations

A partir de 1986, il devient directeur artistique de Dee-Dee Bridgewater et accompagne très souvent la chanteuse lors de son spectacle consacré à Billie Holiday, « Lady Day« . 

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En 1987, AJM enregistre un album « Latin Alley » en duo avec le contrebassiste Niels-Henning Orsted Pédersen. 

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(Alain Jean-Marie aux Victoires du Jazz )

Le bop par les racines 

En 1990, il enregistre également « The world is falling down » en collaboration avec Abbey Lincoln, aux côtés de Jackie Mc Lean, Billy Higgins et Charlie Haden.

Il joue et enregistre aussi fréquemment avec Barney Wilen Henri Texier et Aldo Romano (« The Scene Is Clean » – 1991), ou encore avec Michel Graillier.

Le groupe enregistrera en 1991 deux albums de duos au piano, « Portrait in Black and White » et « Oiseaux de Nuit » qui seront édités, respectivement en 2004 et 2005.

Biguine Réflections

En 1992 Alain Jean-Marie se produit sur scène dans la continuité de Piano Biguines. Avec le batteur Jean-Claude Montredon, un ami de longue date et Eric Vinceno à la basse qui vient de Berkley. Le trio sortira « Biguines Réflections », qui sera suivi de trois autres albums : « Biguine Reflections II » en 1996, « Sérénade » en 1998, et « Délirio » en 2000. Il restera fidèle à ce trio jusqu’à nos jours. En passant, Prix Sacem Guadeloupe du meilleur compositeur en 2001, avec le titre « Haïti ».

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(Alain Jean-Marie, Eric Vinceno, Jean-Claude Montredon)

Un jour Henri Debs lui suggère que s’il s’entourait de musiciens américains pour cette formule, il serait millionnaire. «Pour qu’un jazzman soit millionnaire, il faut déjà qu’il possède deux millions en poche ! » répondra subtilement AJM !!

Dans cette réflexion artistique, AJM fait appel à ses souvenirs d’enfance qu’il conjugue à la biguine traditionnelle en s’inspirant des précurseurs tels qu’Al Lirvat, Robert Mavounzy sur des bases de be-bop.

Grâce à cette symbiose novatrice, AJM fera des émules et amènera une nouvelle orientation musicale appelée populairement « la biguine-jazz« .

En 1999, il crée avec Morena Fattorini, un duo, constitué d’arrangements et de compositions originales déclinant le jazz sous différentes thématique chants baroques, airs d’opéra, Lied allemand, jazz, improvisation.

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Parallèlement, Alain Jean-Marie se produit aussi en trio ou quartet, tournés essentiellement vers le jazz, avec des musiciens tels que Gilles Naturel et John Boetsh (« Lazy Afternoon » – 2000), Gilles Naturel, Philippe Soirat, Anne Pacéo, Darryl Hall, Guillaume Naturel, Olivier Témine …

De 2008 à 2011, en collaboration avec Morena Fattorini, il investi le Théâtre de la Vieille Grille à Paris, où ils présentent leur représentation musicale intitulée « Abandon à la Nuit ».

Ce spectacle sera enregistré l’année suivante en accompagnement du violoncelliste Vincent Segal et des percussionnistes Xavier Desandre et Roger Raspail. Un album sera édité en juillet 2010.

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AJM en solo

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En 1997, il exprime son art dans un enregistrement solo dédié pour le cinéma dans une collection où il côtoie Martial Solal, Steve Kuhn, Paul Bley, et Stephan Oliva « Film music on the piano – Jazz ‘n emotion ».

En 1999, il enregistre « Afterblue« , pour lequel il reçoit le prix Boris Vian de l’Académie du Jazz qui récompense le meilleur album de jazz français.

En 2000, il obtient le Django d’Or prix décerné au meilleur musicien français de jazz. AJM multiplie les concerts et devient également l’un des piliers du jazz parisien. On le retrouve régulièrement au Petit Opportun, le Duc des Lombards, le Sunset, les Sept Lézards, le Franc Pinot, ou encore Autour de Midi.

En 2004, Alain Jean-Marie publie son troisième album solo « That ‘s What », consacré à un répertoire de titres standards revisités par ses soins.

Son amour pour son île natale, la Guadeloupe

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Alain Jean-Marie participe également à plusieurs enregistrements avec d’autres musiciens guadeloupéens.

Ainsi, il enregistre avec le guitariste André Condouant (« Clean & Class » – 1997), avec le percussionniste Roger Raspail (« Fanny ‘s Dreams » – 1997), et avec le saxophoniste Jocelyn Meynard, le Guanadien (« Men Art Works » – 2001).

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En 2002, il enregistre à New York, avec un collectif de musiciens essentiellement guadeloupéens, réunis sous la houlette du trompettiste Franck Nicolas : « Jazz Ka Philosophy », manifeste autour de la fusion Gwo-ka et jazz.

En 2009, Alain publie un album en hommage à la Guadeloupe, « Gwadarama », panorama de la musique guadeloupéenne, accompagnés de Mano Falla à la basse et Raymond Gréco à la batterie dans lequel il revisite à sa manière les styles de sons des Antilles, tels que la biguine, le gwoka et même le tube de Jacob Desvarieux et Georges Décimus du groupe Kassav’ « Zouk la sé sel médikaman nou ni ».

En 2011, après un concert donné en 2002 à l’Atrium en Martinique et l’Archipel en Guadeloupe, il enregistre « Chofé Biguine la » avec Patrice Caratini Jazz Ensemble. Pour la première fois, la biguine était au centre d’un Big Band de 40 musiciens de jazz. Unique !!

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D’une grande discrétion dans sa vie privée, Alain Jean-Marie est totalement dans le partage lorsqu’il est sur scène.

En concert, AJM multiplie les échanges et les duos. On l’apprécie en duo avec des artistes tels que Daniel Maximin, alliant musique et poésie, ou en duo de pianos avec Mario Canonge, accompagné de Roger Raspail ou encore de Jean-Claude Montredon.

Enfin, en 2021, à la demande d’Eric Siar, il enregistrera en compagnie d’autres jazzmen antillais contemporains « Island Jazz » chez Couleur Music Publishing.

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Personnage aussi discret qu’inspiré, AJM possède la subtilité harmonique, l’assise rythmique, l’amour de la phrase mélodique et le sens du toucher qui sont la marque des grands pianistes, et le distinguent à l’évidence comme un des solistes majeurs de la scène européenne. Sa carrière professionnelle est en croissance exponentielle et ne s’estompera que lorsqu’il aura atteint l’horizon du jazz.

Les récompenses 

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Considéré comme l’un des plus importants pianistes du jazz francophone, Alain Jean-Marie cumule de nombreuses récompenses :

  • Prix Django Reinhardt en 1979,
  • Prix Boris Vian de l’Académie du Jazz en 1999
  • Django d’Or en 2000.
  • Prix du meilleur disque Français avec Diego Imbert en 2020
  • Victoires du Jazz en 2021

En 2012, Alain Jean-Marie, a reçu l’insigne d’Officier de l’Ordre National du Mérite remis par Marie-Luce Penchard, Ministre des DOM-TOM.

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Interview croisé, de Roger Raspail et de Jean-Claude Montredon avec Outremer Memory

Ses amis de longue date Roger Raspail, percussionniste et Jean-Claude Montredon, batteur témoignent.

Outremer Memory : Depuis quand connaissez-vous Alain Jean-Marie ?
Roger Raspail : Je connais AJM depuis plus de 30 ans.
Jean Claude Montredon : Je connais Alain depuis 1967. Nous sommes partis ensemble au Canada pour rejoindre Marius Cultier qui faisait l’exposition Universelle. Et dès ce moment nous avons toujours travaillé ensemble. On se comprend sans avoir besoin de parler. Tout est une question d’évidence entre nous .

OMM : Quelles principales qualités lui reconnaissez-vous ?
RR : C’est un homme très réservé qui a commencé à se libérer grâce à la vidéo « Alain la Parole » réalisée par Alexandre Lourié. Il s’exprime essentiellement par son art et sa créativité.
JCM : C’est un homme discret et réservé, digne de confiance. On peut vraiment compter sur lui à chaque instant. C’est un ami sans faille ! Pour moi qui suis fils unique, Alain, c’est mon frère !

OMM : Quels sont vos souvenirs communs ?
RR : AJM a toujours fait appel à moi que ce soit pour le concert de « Gwadarama » en tant que percussionniste ou pour « Chofé biguine la ».

JCMLes débuts un peu difficiles où on avait joué au pourcentage dans une salle quasiment vide et que le patron nous a donné un cachet de 15 francs pour nous 3.

La meilleure anecdote ensemble reste la fois où je lui ai offert une très belle montre. Comme par hasard, il avait oublié la sienne l’a attaché à son poignet et ne l’a plus quitté !

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Discographie

1979 : Grand Prix Django Reinhardt 1979
1987 : Latin Alley
1993 : Piano Biguines
1997:  Biguine Réflections Vol.2
1998 : Serenades
1999 : Biguine Réflections
2004 : That’s What Deam Are Made Of
2005 : Chofé biguine la
2007 : Biguine Réflections
2009 : Gwadarama

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