Rémy Nainsouta
(1883–1969)
Rémy Nainsouta fut l’un de ces hommes rares dont la pensée a précédé son temps.
Vétérinaire de formation, intellectuel humaniste et responsable politique profondément enraciné dans sa terre natale, il incarne une Guadeloupe qui réfléchit, qui agit et qui se projette.
A une époque où les Antilles demeuraient enfermées dans des logiques de dépendance économique et de hiérarchies héritées de l’esclavage, il osa affirmer une idée alors audacieuse : le véritable moteur du développement réside dans l’homme lui-même, dans son éducation, sa culture et sa capacité à créer.
Naissance et origines sociales
Né le 1ᵉʳ octobre 1883 à Saint-Claude, dans une famille modeste de sept enfants, Rémy Nainsouta grandit dans un environnement rural encore profondément marqué par les séquelles sociales de l’après-esclavage.
Son père, Charlemagne Nainsouta, ébéniste, et sa mère Louise, servante d’origine martiniquaise, transmettent à leurs enfants le goût de l’effort, de la dignité et de la responsabilité.
Très tôt, l’école s’impose pour lui comme un espace d’émancipation et d’élévation sociale.
L’école comme voie d’émancipation
Elève brillant et rigoureux, Rémy Nainsouta se distingue rapidement par ses capacités intellectuelles. Cette excellence lui permet d’accéder à l’Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, dont il sort diplômé en 1905.
Deux ans plus tard, en 1907, il est major du concours des vétérinaires des viandes de la Ville de Paris, tout en étant sous-lieutenant à l’École d’application de cavalerie de Saumur.
Pour ce jeune Guadeloupéen, la réussite personnelle n’a de sens que si elle s’inscrit dans une utilité collective.
Une carrière entre Caraïbe et Afrique
Après son mariage en 1910 avec Valentine Candassamy, institutrice guadeloupéenne, Rémy Nainsouta débute sa carrière professionnelle en Martinique comme chef du service zootechnique.
De 1914 à 1938, il exerce ensuite en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, au Mali et en Mauritanie.
Ces longues années africaines constituent un tournant décisif dans sa pensée. Confronté aux réalités coloniales et aux fragilités économiques, il observe les limites d’un développement fondé sur la dépendance extérieure.
Il forge alors une conviction centrale : sans autonomie alimentaire, sans valorisation des ressources locales et sans formation des hommes, aucun progrès durable n’est possible. C’est également durant cette période qu’il rencontre Félix Éboué, avec lequel il partage une vision exigeante de l’action publique.
Le retour en Guadeloupe et l’engagement municipal
De retour en Guadeloupe à sa retraite en 1938, Rémy Nainsouta s’engage pleinement dans la vie publique.
Elu maire de Saint-Claude en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il dirige la commune pendant vingt ans, jusqu’en 1965.
Son action municipale est marquée par une volonté constante de modernisation et de justice sociale. Il œuvre à l’amélioration de l’adduction d’eau, des routes, des écoles et des équipements collectifs, tout en accordant une place centrale à l’éducation et à la culture. Pour lui, le développement matériel ne peut être dissocié de l’élévation intellectuelle et morale de la population.
Une voix respectée au Conseil général
Parallèlement à son mandat municipal, Rémy Nainsouta siège au Conseil général de la Guadeloupe. Profondément attaché aux valeurs de la République française, il défend néanmoins une autonomie de réflexion et de décision pour son territoire.
Il plaide pour une Guadeloupe capable de penser son avenir en tenant compte de son environnement caribéen, de son histoire et de ses spécificités culturelles.
Cette position nuancée, parfois incomprise à son époque, témoigne de son indépendance intellectuelle et de sa maturité politique.
L’intellectuel et l’homme de lettres
Rémy Nainsouta est aussi un écrivain et conférencier. Il publie aussi bien en français qu’en créole, affirmant la légitimité de la langue et de la culture populaires.
Entre 1941 et 1948, ses écrits créoles participent à une prise de conscience identitaire encore balbutiante. En 1941, sa conférence Sésame révèle toute la profondeur de sa pensée.
Il y développe l’idée, profondément novatrice pour son époque, que la première richesse d’un territoire réside dans son capital humain.
Dès 1944, il emploie ce concept pour désigner le savoir, la connaissance et la santé comme fondements du progrès.
Fin de vie, héritage et reconnaissance
Rémy Nainsouta s’éteint le 29 janvier 1969 à Saint-Claude, laissant derrière lui une œuvre discrète mais structurante.
Son nom demeure aujourd’hui attaché au collège Rémy Nainsouta de Saint-Claude. et au Centre culturel Rémy Nainsouta de Pointe-à-Pitre.
A pointe-à-Pitre, le Centre culturel porte son nom. Espace de rencontres et de diffusion culturelle, le centre accueille expositions, conférences, projections, spectacles et actions pédagogiques, contribuant activement à la valorisation du patrimoine guadeloupéen et caribéen.
En 2025, la Guadeloupe a choisi de célébrer son héritage à travers colloques, expositions et rencontres, rappelant combien sa pensée demeure d’une étonnante actualité face aux défis économiques, sociaux et culturels contemporains.
Une pensée toujours actuelle
A travers sa vie et son œuvre, Rémy Nainsouta nous lègue une leçon essentielle : le développement véritable ne s’importe pas. Il se construit de l’intérieur, par la connaissance, la culture et la confiance accordée à l’homme, fondements durables de toute émancipation collective.





![Région Guadeloupe-[ANNÉE CULTURELLE] Colloque et conférence Rémy Nainsouta, Penseur de la pluralité moderne](https://www.regionguadeloupe.fr/fileadmin/_processed_/csm_coolloque_046075dc07.jpg)



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