Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

7 décembre 2020

  Marcel LOLLIA dit Vélo
(1931-1984)

Biographie

Marcel LOLLIA, surnommé Vélo est né le 7 décembre 1931.

Fils de Lisette TEATIN et de Vénance LOLLIA, ouvriers à Darbousier, le jeune Marcel baigne très tôt dans le milieu musical. Il accompagnait souvent son père, qui joue de l’accordéon dans les soirées Gwo Tanbou. Très tôt, il prendra le surnom de Vélo qui est l’association de VEnance LOllia.

Sa famille est très modeste. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour le tambour et le GWO-KA. Autodidacte, il ne sait ni lire ni écrire, mais le talent est énorme, chaque mot, chaque phrasé, tombant avec une extrême  justesse !

Au début, il se laisse initier par le grand Maître François MAULÉON surnommé Carnot, au carénage à Pointe-à-Pitre, ainsi que dans les soirées Gwo Tanbou à Fond Laugier et à la Cour Zamia. Il se laisse posséder par cette musique à « Vyé Nèg » qui va le guider toute sa vie.

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance d’Arthème BOISBANT et de Louis Victoire Napoléon MAGLOIRE dit «Napo» avec qui il se produira régulièrement les samedis soir entre les cours Zamia, Selbonne, Lacrosse qui sont à cette époque, les repères des amateurs de Gwo Tanbou. Lors des fêtes communales, ils attirent énormément de monde.

Toujours accompagné de son tambour, sa sincérité et son talent exceptionnel font de lui un musicien hors pair !!

Son parcours

Marcel LOLLIA démocratise ainsi le GWO-KA, cette musique qui tire son origine de la période douloureuse de l’esclavage. Le GWO-KA où les esclaves exprimaient au son du tambour tous leurs ressentis, leurs peines, leurs douleurs, la lutte mais aussi l’espoir. Grâce au GWO-KA, Vélo devient alors un véritable modèle et symbole de la musique traditionnelle.

C’est ainsi que «madame Adeline» présidente de l’association Entraide féminine guadeloupéenne de Pointe-à-Pitre, qui tenait un commerce « LA BRISCANTE » le remarqua et lui demanda de pratiquer son art, devant chez elle pour attirer de la clientèle dans son épicerie. Il se produit pendant quelques temps Place de la Victoire (place de l’ancien Mc Donald’s).

Fier de ce succès et accompagné du groupe « La Briscante », Vélo quitte la Guadeloupe et part quelques temps pour se produire à Paris, à Porto-Rico et en Martinique. Ils joueront aussi pour les touristes à bord des bateaux de croisière sur le port de Pointe-à-Pitre.

De retour en Guadeloupe, il rejoint en 1970 « TAKOUTA » groupe de GWO-KA, un des tous premiers groupes phares de l’époque, et enregistre son premier 33 tours chez Monsieur MAVOUNZY. D’autres albums suivront par la suite, notamment celui de Guy CONQUETTE qui rencontrera un très grand succès.

En 1978, avec son ami MAWSO et d’autres amis, il reprend les déboulés dans les rues de Pointe-à-Pitre. Ils sont vêtus de vêtements pour la plupart de récupération, ce qui amènera la foule à s’interroger : « Mé A Ki Yo » ?

La formation affine son style et le groupe prend alors le nom «AKIYO». Mais il finit par quitter le groupe quelques mois plus tard.

Au mois de mai 1984, affaibli par la maladie, il est contraint de cesser toute activité. Il décède le 5 juin 1984.

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Aujourd’hui encore toute une génération de tambouyés l’honore chaque samedi.

Une statue à son effigie jouant du Ka est érigée en son honneur dans la rue Saint-John Perse à Pointe-à-Pitre, face au marché de la ville.

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Une de ses phrases les plus célèbre restera « Par l’esclavage, nous avons beaucoup subi mais avec le GWO-KA nous finirons de subir un jour » !!

LE GWO-KA

Le GWO-KA c’est le terme qui désigne à la fois la musique, le chant et la danse qui se pratique sur les rythmes (7 familles de rythmes) que le tambouyé (joueur de tambour) fait sortir de son instrument : le tambour KA.

L’histoire du Ka est à la fois douloureuse et pleine d’espoir, car elle repose sur la souffrance et la lutte mais aussi sur la quête de liberté et la fête pendant les heures sombres de l’esclavage au 17ème siècle en Guadeloupe. Chaque rythme de base est porteur de sentiments : Lent, rapide, langoureux, frénétique, festif, charmeur, envoûtant chaque rythme accompagnait l’esclave dans sa vie. C’était avant tout une façon de résister, d’exister face à la déshumanisation de l’esclave.

Le GWO-KA se joue avec 2 types de tambours :

  • Le Boula qui est souvent le plus gros avec un son grave ; c’est celui qui soutient le rythme. Le Boula joue les sons de base et son nom s’apparente au m’bula (noms de certains tambours bantous). C’est un tambour fabriqué à base de peau de cabri mâle.
  • Le Makè qui a un son plus aigu ; Le Makè joue les solos et les improvisations durant le léwoz. Celui qui joue le rôle du Makè doit jongler avec les rythmes. Ce tambour est fabriqué à base de peau de cabri femelle.

Une formation complète se compose donc des 2 types de tambours, du chanteur soliste, des répondè (répondeurs) qui chantent les refrains, de chacha.

Le boulagèl avait remplacé le tambour lorsque les maîtres l’avaient interdit aux esclaves.

On y trouve 7 rythmes, à savoir :

  1. Le KALADJA est un rythme qui peut se jouer de façon lente ou rapide. Lorsque le KALADJA est joué rapidement il fait penser au TUMBLAK. Il peut donc évoquer tout aussi bien la souffrance que la joie. Ce rythme serait originaire du Congo. D’ailleurs, les rythmes GWO-KA sont issus d’un brassage de cultures indo-caribéennes africaines. Lorsque le KALADJA est dansé, il fait ressortir une certaine sensualité chez la danseuse qui fait de petits pas pour donner une large amplitude à la robe madras qui lui donne tant d’éclats.
  2. Le TUMBLAK est vif, rapide il devient «chiré» et alors danseurs, tambouyés, chanteurs accélèrent la cadence au maximum. C’est le rythme de la fête mais il fait aussi référence à l’érotisme avec des mouvements sensuels chorégraphiés.
  3. Le GRAJ pour stimuler le travail dans les champs de canne et de manioc. C’est un rythme qui est lié au travail et au labeur. Les chansons qui y sont liées sont tristes exprimant peine et souffrance. La danse qui en découle est donc lente.
  4. Le LEWOZ, est un rythme de référence du GWO-KA. Il est considéré comme un rythme de combat. Il a donné son nom au rassemblement festif du samedi soir (jour de la paye) pendant lequel chacun fait apprécier son talent… les tambouyés, les danseurs et danseuses, les chanteurs font vibrer leurs organes et instruments jusqu’au petit matin. Concurrencé par les soirées festives, le LEWOZ à été déplacé ensuite au vendredi.
  5. Le PADJANBEL, GWADJANBEL et GRANJANBEL. Ces termes ne désignent pas le même rythme mais le même esprit. Vous vous dites tiens, tiens, tiens c’est peut-être de l’un de ces rythmes qu’est tiré le nom de l’Association ?Ce rythme est le plus noble de tous car il exprimait l’idée de l’élévation de son être au-delà du statut d’esclave. C’est un rythme pour se surpasser et se rassembler pour lutter.
  6. Le MENNDE est le rythme de la fête, celle qui laisse exploser les pensées les plus libertines, sexuelles, contraires aux bonnes mœurs. De ce fait c’est un rythme joué aux abords des lieux de vie nocturne. Ce rythme serait à la base du ZOUK.
  7. Le WOULE accompagnait la construction des routes en pavés de pierre. Les ouvriers concassaient les pierres à l’aide de leurs masses au rythme du WOULE. On le retrouve aussi dans les champs pendant les récoltes, c’est un rythme du travail.

C’est en partie grâce à l’œuvre d’artistes tels que Vélo que le GWO-KA gagna ses lettres de noblesse. Il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, depuis le 26 novembre 2014.

Sources

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Lollia
http://guadeloupe.net/marcel-lollia
http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=27572

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