Jean‑Pierre Passé‑Coutrin
Pilier de la communauté ultramarine
(1959-2016)
Jean‑Pierre Passé‑Coutrin demeure une figure majeure de la vie associative ultramarine en Île-de-France.
Militant engagé, il a œuvré sans relâche pour la valorisation des cultures d’Outre-mer.
Son action a contribué à rassembler et fédérer les communautés autour d’événements culturels et mémoriels.
A Sarcelles notamment, il s’est également illustré par son engagement politique local et citoyen.
Son combat pour la mémoire des esclaves a marqué durablement le territoire et les consciences.
Des quartiers du Moule à la banlieue parisienne
Jean‑Pierre Passé‑Coutrin que l’on appelait affectueusement « Janpyè », « JPP » ou encore « Ji-Pi » voit le jour en 1959 en Guadeloupe. Ses parents sont originaires de Marie-Galante.
Jean-Pierre grandit au Moule, avant de rejoindre la France hexagonale via le biais du BUMIDOM, comme de nombreux jeunes Antillais de sa génération. Très vite, il comprend que la réussite passe par le système D (Débouya pa péché ) !! Il faut savoir transformer les obstacles en forces…
Dans un contexte marqué par les difficultés d’insertion, il fait preuve d’ingéniosité, de persévérance et d’adaptation.
Electricien puis cuisinier, il connaît les réalités sociales des classes populaires antillaises installées en banlieue parisienne. Face à la précarité et aux difficultés il mobilise les réseaux et fait appel à la solidarité. Il trouve des solutions pour faire avancer ses projets.
Ces expériences le conduisent progressivement vers le milieu associatif puis vers la politique.
Un bâtisseur du mouvement associatif antillais
Installé à Sarcelles, Jean‑Pierre Passé‑Coutrin s’impose comme l’un des animateurs majeurs de la vie culturelle antillaise en Île‑de‑France.
A la tête du CROMVO (Centre de Réflexion des Originaires d’Outre‑mer du Val‑d’Oise), il contribue à faire de la ville un pôle incontournable des manifestations ultramarines.
Sous son impulsion, des manifestations culturelles rassemblent des centaines de participants autour du gwo ka, du ka danse, du zouk, du bèlè et d’autres expressions artistiques ultramarines.
Il défend également des causes sociales, la citoyenneté active et l’égalité, tout en instaurant des ponts entre générations, jeunes et aînés.
Son style direct, sa capacité à mobiliser et son sens de l’entraide en font un repère pour plusieurs générations de militants et d’associatifs.
Un élu de terrain à Sarcelles
Grâce à son charisme et à son sens du collectif, Jean-Pierre passa du monde associatif à l’engagement politique. Il devint conseiller municipal de la ville de Sarcelles, occupant la fonction de délégué au développement du sport et à la politique en faveur de l’Outre-Mer.
Jean-Pierre dirige également la Maison de l’Outre‑mer et devient l’un des visages de la politique sportive et de la reconnaissance des communautés ultramarines dans la ville.
Au sein de la municipalité, il défend la valorisation des cultures d’Outre‑mer, la visibilité des Antillais et le soutien au tissu associatif, tout en cherchant à concilier exigences de terrain et contraintes institutionnelles.
Un acteur de la mémoire de l’esclavage
Très tôt, Jean‑Pierre Passé‑Coutrin perçoit l’importance du mouvement mémoriel autour de l’esclavage, notamment à partir de la Marche du 23 mai 1998 à Paris.
Il se rapproche du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98), dont il devient administrateur en 2016, et joue un rôle clé dans l’érection à Sarcelles de monuments dédiés aux victimes de l’esclavage : la « Gardienne de Vie » au stade Nelson‑Mandela puis un monument en plein centre‑ville.
A travers ces symboles, il entend inscrire l’histoire des descendants d’esclaves dans l’espace public et transmettre un héritage aux jeunes générations.
Une disparition brutale
Terrassé par un cancer foudroyant diagnostiqué fin 2015, Jean‑Pierre Passé‑Coutrin s’éteint dans la nuit du 18 au 19 mars 2016, à l’âge de 57 ans.
Sa disparition provoque une onde de choc au sein de la communauté antillaise, chez les responsables associatifs et dans le monde politique, de la Guadeloupe à l’Île‑de‑France.
La reconnaissance
Le 28 novembre 2016, Sarcelles inaugure une place Jean‑Pierre‑Passé‑Coutrin, devant la bibliothèque Anna‑Langfus, décorée d’une fresque monumentale réalisée par le street‑artiste Jef Aérosol dans le cadre du projet « 100 murs pour la jeunesse », placé sous le haut patronage du président de la République.
La sculpture « Solitude, la gardienne de vie » y est déplacée afin que les futures commémorations de la mémoire de l’esclavage se tiennent sur ce lieu dédié.
Par cette place, cette fresque et ces monuments, la ville sanctuarise la contribution de ce «Géant» guadeloupéen, élu, militant et passeur de mémoire, dont l’engagement est durablement lié l’histoire de Sarcelles et à celle des Outre-mer.











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