Gérard Lauriette, dit « Papa Yaya »
(1922 – 2006)
Une conscience éducative et politique de la Guadeloupe
Gérard Edmond Lauriette, plus connu sous le surnom affectueux de « Papa Yaya », demeure l’une des figures majeures de l’histoire éducative, culturelle et politique de la Guadeloupe contemporaine.
Issu d’une famille de 4 enfants, Gérard Lauriette nait dans la nuit du 22 au 23 février 1922 à Schœlcher, section de la commune de Trois-Rivières.
Très tôt, il développe un regard critique sur les valeurs imposées et se montre plus attiré par les croyances africaines de son père que par la religion maternelle. Cette liberté de pensée ne le quittera jamais.
Une intelligence précoce, une indocilité assumée
Élève brillant, il obtient son Certificat d’Etudes Primaires à seulement 12 ans.
En 1937, il se classe premier au Brevet élémentaire à Basse-Terre. L’excellence scolaire lui ouvre les portes de l’École normale de Pointe-à-Pitre, où il est d’abord admis comme élève non boursier avant d’obtenir une bourse en 1938.
Mais derrière la réussite se dessine déjà un esprit frondeur.
Le 19 octobre 1940, au début de sa dernière année d’apprentissage, il est suspendu six mois pour avoir quitté la messe pour d’aller voir un sous-marin, il n’en avait jamais vu.
Ce geste, à la fois candide et symbolique, révèle une curiosité tournée vers le réel plutôt qu’une soumission aux rituels. Malgré cette sanction, il reprend les cours tardivement et sort major de sa promotion à 19 ans.

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Un pédagogue en rupture avec le modèle colonial
Dès ses premiers postes, Papa Yaya refuse une école qu’il juge mécanique, centralisée et déconnectée de la réalité guadeloupéenne. Il dénonce l’image du maître réduit à un simple « fonctionnaire robot » appliquant des directives venues de Paris.
Il critique des programmes inadaptés à l’environnement des élèves et introduit le créole dans sa classe, affirmant qu’il n’y a aucune honte à parler la langue de ses parents.
Cette position audacieuse, à une époque où le créole est dévalorisé, lui vaut d’être expulsé de l’Éducation nationale en 1949 pour « aliénation mentale ».
Réhabilité en 1951 par le Comité médical supérieur, il réintègre finalement l’enseignement, renforcé dans ses convictions.
L’éducation comme libération
Convaincu que l’émancipation passe par le savoir, il fonde en 1958 l’Association guadeloupéenne d’éducation populaire et de lutte contre l’analphabétisme(AGEP).
En 1959, il crée à Capesterre-Belle-Eau l’Institution Lauriette, destinée aux enfants considérés comme des « échoués » du système scolaire traditionnel.
Il y développe sa méthode résumée par la formule créole : « zyé dan zyé, bay balan »
Une pédagogie fondée sur la proximité, la confianceet une relation vivante entre maître et élèves.
Il rédige ses propres manuels, décloisonne les disciplines, supprime les devoirs à la maison et utilise le créole comme tremplin vers le français et les autres savoirs.
Les résultats obtenus aux examens officiels attestent de l’efficacité de son approche.

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Engagement politique et épreuves
Après les événements de mai 1967 en Guadeloupe, il fait partie des personnes arrêtées et inculpées. Accusé d’avoir soutenu le GONG et tenu des propos jugés subversifs, il est incarcéré à la prison de la Santé.
Durant cette épreuve, il rédige Une enfance en Guadeloupe dans les années 1930, texte autobiographique adressé à la jeunesse. Jugé par la Cour de sûreté de l’État, il est finalement acquitté. Cet épisode renforce son image de résistant à l’ordre établi.

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En 1959 déjà, il avait fondé le Parti mystico-rationaliste guadeloupéen, tentative originale de concilier spiritualité, rationalité et affirmation d’une voie guadeloupéenne autonome.
Menacé de condamnation en 1975, il choisit le « marronnage » dans les hauteurs de Vieux-Habitants, expérience relatée dans Le créole de la Guadeloupe Nègres-Marrons, ouvrage qui restitue la parole des paysans du Morne Aulard et ravive la mémoire des marrons.

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Une figure publique durable
Papa Yaya sera également maire de Capesterre-Belle-Eau de 1983 à 1989 et conseiller général. Sa voix, singulière et souvent dérangeante, marque profondément la vie publique guadeloupéenne.
Il s’éteint le 17 août 2006 à l’âge de 84 ans. Ses obsèques rassemblent près d’un millier de personnes, témoignant de l’empreinte laissée dans la mémoire collective.

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La reconnaissance
Aujourd’hui, le nom de Gérard Lauriette a été attribué à une école élémentaire publique à Trois-Rivières et à un « Espace Papa Yaya » à Capesterre-Belle-Eau, où l’Amicale de l’Institution Gérard Lauriette Edmond (AIGLE) continue de faire vivre son héritage.
Héritage
Instituteur rebelle.
Créoliste avant l’heure.
Éducateur populaire.
Militant et penseur indépendant.
Gérard « Papa Yaya » Lauriette demeure une figure emblématique des luttes pour la dignité, la langue et une éducation réellement libératrice en Guadeloupe.





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