Crash du vol de la West Caribbean
20 vingt ans de mémoire et de combats pour la vérité
Un Mardi noir
Le 16 août 2005, je me souviens de cette journée comme si c’était hier.
C‘était un mardi …
Je travaillais alors à Montrouge avec possibilité d’écouter la radio, lorsque les programmes ont été brusquement interrompus.
L’annonce tomba comme un coup de tonnerre : le vol West Caribbean Airways, un McDonnell Douglas MD‑82 ne répond plus. L’avion, parti de Panama pour la Martinique, venait de s’écraser dans la zone montagneuse de la Sierra de Perijá, à l’ouest du Venezuela.
À son bord : 160 personnes, dont 152 Martiniquais et 8 membres d’équipage colombiens.
Il n’y a aucun survivant.
Le choc fut immédiat. J’étais bouleversée, d’autant que certains membres de ma famille se trouvaient alors en voyage à Panama, une destination prisée au même titre que le Venezuela.
Un lieu de pèlerinage
Ce pays occupe une place particulière dans la mémoire antillaise. Dès 1890, des milliers de Martiniquais et de Guadeloupéens s’y étaient rendus pour participer à la construction du canal de Panama. Beaucoup y laissèrent leur vie, transformant ce lieu en un véritable pèlerinage pour leurs descendants.
Mais ce 16 août, c’est l’histoire d’un autre destin collectif qui s’écrit, tragique et brutal.
Les causes du drame
Selon les premières investigations, l’avion, pourtant contrôlé par la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC), aurait subi une double panne mécanique. Les moteurs se sont arrêtés l’un après l’autre, condamnant l’appareil.
Une des boîtes noires, retrouvée par les autorités vénézuéliennes, confirme que le commandant de bord avait tenté un déroutement d’urgence vers Maracaibo. Mais l’appareil n’atteindra jamais la piste : il disparaît des radars avant de s’écraser dans les montagnes, près de Machiques.
Cette tragédie vient s’ajouter à un lourd passif pour la compagnie : six mois plus tôt, un autre avion de West Caribbean s’était déjà écrasé, faisant huit victimes.
Une île sous le choc
En Martinique, l’attente devient insupportable. À l’aéroport Aimé Césaire, le député Philippe Edmond-Mariette prend la parole pour énumérer les noms des victimes. Mais la douleur est telle qu’il doit interrompre sa lecture, submergé par l’émotion. Cris, pleurs, malaises : des familles entières viennent d’être décimées.
Le François et Le Saint-Esprit figurent parmi les communes les plus endeuillées. Le maire du François perd plusieurs membres de sa famille. Mais en fait ce sont toutes les communes qui sont meurtries par la perte d’un parent ou d’un ami.
Face à l’ampleur du drame, le gouvernement envoie sur place le ministre de l’Outre-Mer, François Baroin, tandis que quatre cellules de crise sont immédiatement activées.
Jamais la Martinique n’avait connu une telle hécatombe. Ce crash devient, avec celui du Boeing 747 de Flash Airlines en 2004 en mer Rouge, l’une des pires catastrophes aériennes touchant la France.
Le temps du souvenir
En juillet 2007, le Conseil municipal de Paris adopte l’attribution, à titre gratuit, d’un terrain de 4 m2 maximum au bénéfice de l’Association des victimes de la catastrophe aérienne du 16 août 2005 au Venezuela (AVCA) pour y édifier un monument commémoratif, sans dépôt de cendres ni de corps
Le 17 novembre 2007, un mémorial est inauguré au cimetière du Père Lachaise à Paris en présence de Patrick Karam, délégué interministériel. Les noms des victimes y sont gravés pour l’éternité.
Un monument similaire se dresse à Fort-de-France, rappelant à chaque visiteur le prix de ce drame collectif.
Aujourd’hui encore, l’Association des Victimes de la Catastrophe Aérienne du 16 août 2005 (AVCA) poursuit son combat. Les familles réclament justice et vérité, car la douleur, elle, demeure intacte.
Deux décennies sans procès
Vingt ans après la catastrophe, aucun procès n’a encore eu lieu. Malgré plusieurs procédures et non-lieux prononcés, les familles attendent toujours justice.
L’AVCA (Association des Victimes du Crash Aérien) ne baisse pas les bras. À l’approche du 20e anniversaire, elle organise des conférences pour rappeler les circonstances de l’accident et défendre un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, dans l’espoir de réexaminer les procédures de justice.
Rose‑Marie Taupin‑Pélican, présidente de l’AVCA, résume bien le parcours de ces 20 ans de lutte « Notre combat ne vise pas à faire revenir les morts. Il cherche à obtenir la vérité qui apaise, pour permettre aux familles de faire leur deuil en conscience, et de trouver une forme de sérénité. »
Une blessure qui ne se referme pas
Vingt ans après, chaque 16 août est un jour de recueillement. Des cérémonies sont organisées, en Martinique comme en métropole, pour honorer la mémoire des disparus.
Une exposition hommage est organisée à la bibliothèque Schoelcher de Fort-de-France, afin que les victimes ne tombent pas dans l’oubli.
L’AVCA mène la réflexion sur “Pourquoi le vol 708 n’aurait jamais pu arriver à destination ?” lors d’une conférence publique à la médiathèque du Lamentin.
Ce crash a marqué à jamais l’histoire de l’île, rappelant la fragilité de la vie et l’importance de transmettre le souvenir.
Sources
http://www.martinique-avca.org/
le nouvel afrik.com
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