1 COMMUNE, 1 HISTOIRE / VIEUX FORT

Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

8 décembre 2021

La ville de Vieux-Fort, située à la pointe de l’île, possède naturellement une position stratégique.

La région fut d’abord occupée par des Amérindiens qui pratiquaient la pêche et possédaient d’importants jardins à vivres où ils cultivaient surtout le manioc, en arrière des villages côtiers.

Le 29 juin 1635, Charles Liénart DE L’OLIVE, débarque en compagnie de Jean DU PLESSIS, avec 550 hommes, accompagnés de quatre missionnaires Dominicains dont le célèbre Père BRETON, à la Pointe Allègre.

Jean DU PLESSIS décida de chercher un endroit plus prometteur pour s’installer. Après avoir parcouru la côte avec ses hommes, dont beaucoup étaient atteints par la maladie, affaiblis et affamés, il décida de s’établir sur cette zone dans le sud de l’île sur le site de l’actuel Vieux-Fort, précisément sur le secteur de Mazarin

Il fit construire vers l’anse Dupuy, non loin de la Pointe, un fort. Il s’agissait en fait d’un fortin palissadé en bois qui prit le nom de Fort Royal en l’honneur de Louis XIII. Il abritait quelques canons, possédait chapelle et jardins à vivres. Il reçut plus tard le nom de Vieux-Fort, lorsque Charles HOUËL fit édifier un nouveau fort sur les rives du Galion en 1650, puis la dénomination de Vieux-Fort l’Olive en référence à Charles Liénart DE L’OLIVE.

Après la mort de Jean DU PLESSIS, Charles DE L’OLIVE, décida l’exterminer la population indigène

Les Caraïbes en apparence vaincus et refoulés se vengèrent en menant une guérilla acharnée, réduisant les Français à une famine atroce. Les vivres n’arrivaient pas plus de Saint-Christophe que de métropole et l’épidémie décima les colons.

Par surcroît, Charles DE L’OLIVE eut à faire face à des conflits avec ses engagés dont le contrat arrivait à terme.

Le capitaine prétendait les empêcher de s’en retourner car il avait besoin de main-d’œuvre. La maladie acheva de l’accabler : il devint aveugle, paralytique, avant de tomber en résidence surveillée à Saint- Christophe où le gouverneur DE POINCY le fit garder à vue.

La guerre prendra fin en 1660 avec la signature, au Fort de Basse-Terre, d’un traité de paix qui concédera aux Indiens caraïbes quelques maigres compensations sur les zones les plus désertiques de l’île.

Dès lors, Vieux-Fort, qui désignait aussi la pointe sud de la Guadeloupe et la paroisse de ce quartier, devint un poste de défense avancé pour protéger le sud de l’île des attaques et observer les côtes.

Le 18 mars 1703, les Anglais sous les ordres de Christopher CODRINGTON, débarquèrent à l’Anse Dupuy. Malgré une courageuse résistance des Vieux-Fortains, et bien que cette incursion ne fût qu’éphémère, le Vieux-Fort l’Olive fut détruit.

Après plusieurs décennies de chassés-croisés entre Anglais et Français, le Traité de Paris en 1763 redonna la Guadeloupe à la France annonçant une période de stabilité sur l’île.

En souvenir de ces jours anciens la commune de Vieux-Fort s’appela officiellement jusque tard le Vieux-Fort l’Olive. (23)

Comme pour les autres quartiers de la Guadeloupe, l’application du décret colonial du 20 septembre 1837 fit de Vieux-Fort une commune. Le premier maire fut le commandant de quartier Bruno MERCIER.

L’arrivée massive des esclaves changea la structure des exploitations agricoles passant d’une mosaïque de petites terres exploitées par les petits colons, à la création d’importants domaines.

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La fin de l’esclavage en 1848 et la concurrence (Brésil et Colombie pour le café, sucre de betterave pour le sucre) et les dégâts causés par les cyclones finirent par venir à bout d’une économie en mal de renouveau.

Vieux-Fort est aussi connu pour son phare de 20 mètres de hauteur, situé à l’extrémité rocheuse sud de la Basse-Terre et inauguré en 1955.

 L’église Saint-Albert doit son originalité à son clocher parce qu’il est situé à l’écart de l’édifice et que c’est le plus ancien de Guadeloupe. Sa construction est vraisemblablement contemporaine du premier sanctuaire du XVIII e qui était en bois. Lors de la construction de la nouvelle église, en 1830, il ne comptait qu’une seule cloche. Sa structure fut conservée mais rehaussée afin de recevoir une deuxième cloche.

La Pointe de Vieux-Fort a joué un grand rôle dans la défense de la rade de Basse-Terre, du fort d’origine, détruit en 1643, il ne reste rien. Des vestiges du fort reconstruit mais ruiné par les attaques anglaises notamment en 1703 et 1794, subsistent l’ancien dépôt à poudre qui abrite l’atelier de broderie, la batterie, consolidée et armée au début du XIXe siècle, deux canons Nevers de 1843, divers éléments (fragments de canons et de culasses, boulets de mortier) et, surplombant le phare, le poste de défense avancé avec des vestiges de fortifications et quatre canons surveillant l’horizon.

La commune de Vieux-Fort participa à l’effort de guerre lors du premier conflit mondial en fournissant un contingent de conscrits. Le Monument aux Morts du Bourg rend hommage aux 9 Vieux-Fortains qui y perdirent la vie

Le phare de l’Olive, construit en 1953-1954 et inauguré en 1955, observatoire avancé sur la Pointe du Vieux Fort, marque l’entrée de la rade de Basse-Terre et la fin du Canal des Saintes aux eaux agitées.

Sa présence, pour signaler le danger aux navigateurs, semble avoir été motivée par un fait marquant, le naufrage à la pointe sud de Vieux-Fort, en février 1947, d’un voilier faisant route vers la Dominique

Le maire actuel de Vieux-Fort a été élu en mars 2014 et se nomme Rolland Plantier.
Auguste Feler, ancien haut cadre de France Telecom, en a été le maire pendant 24 ans, de 1965 à 1989, et il connait grandement sa commune, Vieux-Fort, ainsi que son histoire et ses coutumes, grâce aux dialogues qu’il a eus avec les habitants, à la mémoire vivante qui est transmise à chaque génération, et aux recherches qu’il a réalisées.

Ainsi, on apprend que pour ce qui est de l’économie de la ville, c’était principalement la culture du café qui, jusqu’au début du 20ème siècle, faisait marcher le commerce, jusqu’à l’abandon des plantations dû à l’arrivée de la concurrence sud-américaine.

La renommée de Vieux-Fort est maintenant assurée par ses brodeuses, dont le savoir-faire se transmet de génération en génération, et qui ont construit un centre de broderie dans les ruines du vieux fort afin de transmettre aux jeunes le secret de leurs ouvrages.

Enfin, le tourisme participe aussi de l’économie de Vieux-Fort, magnifique littoral sur lequel se rencontrent véliplanchistes, plongeurs avec masques et tubas et iguanes.

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