Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

9 février 2026

Pierre Aliker

(1907 – 2013)

Médecin humaniste, militant anticolonialiste et pilier de la vie politique martiniquaise, Pierre Aliker a traversé plus d’un siècle d’histoire en demeurant fidèle à une exigence morale intransigeante.

Frère du journaliste André Aliker, assassiné en 1934, compagnon de combat de Aimé Césaire et cofondateur du Parti progressiste martiniquais, Pierre Aliker demeure l’une des grandes consciences républicaines et humanistes de la Martinique contemporaine.

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Son enfance marquée par l’héritage colonial

Né le 9 février 1907 au Lamentin, dans le quartier rural de La Sarrault, Pierre Aliker grandit dans une famille d’ouvriers agricoles marquée par l’héritage de l’esclavage et les bouleversements liés à la crise de l’économie sucrière.

Son père, Ernest Mauconduit, Blanc créole et comptable d’usine, meurt prématurément en 1918laissant sa mère, Louise-Anne, dite « Fanfanm », descendante d’une femme esclavisée originaire d’Ouganda, élever seule une fratrie nombreuse dont Pierre est l’avant-dernier.

Elle transmet à ses enfants des valeurs de dignité, de courage et de rigueur morale, qui structureront durablement le parcours de Pierre Aliker.

L’école comme outil d’émancipation

En 1918, Pierre obtient une bourse d’études qui lui permet d’intégrer le lycée Schœlcher de Fort-de-France, établissement emblématique de l’élite intellectuelle martiniquaise. Élève d’un niveau exceptionnel, il s’y distingue par une scolarité exemplaire, couronnée par l’obtention du baccalauréat avec mention à l’âge de 18 ans.

Très tôt, il est convaincu que le savoir constitue un levier fondamental d’émancipation individuelle et collective. Cette certitude le conduit à poursuivre des études de médecine à Paris, avec l’ambition de mettre la science au service du progrès humain et de la justice sociale.

Une formation médicale d’excellence en métropole

À la fin des années 1920, Pierre Aliker devient le premier Martiniquais admis comme interne des Hôpitaux de Paris, une distinction rare qui témoigne de l’excellence de son parcours universitaire dans un contexte encore marqué par de fortes discriminations raciales et sociales.

Il soutient une thèse de doctorat en médecine et se spécialise en chirurgie, complétant sa formation par des stages en urologie et en obstétrique. Cette trajectoire d’exception le place parmi les figures médicales les plus prometteuses de sa génération, tout en forgeant une conception profondément sociale de la pratique médicale.

La tragédie familiale 

En janvier 1934, à la suite de révélations particulièrement compromettantes dénonçant des scandales politico-financiers, André Aliker, journaliste communiste et frère aîné de Pierre, est assassiné. Son corps est retrouvé ligoté et lesté sur une plage de Case-Pilote, dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur le caractère criminel et politique de sa mort.

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L’enquête judiciaire, rapidement entravée, n’aboutira jamais, laissant ce crime impuni. Ce drame, considéré comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire martiniquaise contemporaine, marque durablement Pierre Aliker, tant sur le plan personnel que dans son engagement moral et politique.

Médecin des humbles

En 1938, Pierre Aliker fait le choix déterminant de revenir exercer en Martinique. Chirurgien dans un système hospitalier encore fragile et sous-équipé, il travaille au contact direct d’une population confrontée à la pauvreté, aux maladies et aux carences sanitaires.

Son cabinet devient un lieu de soins, d’écoute et de réconfort, où la médecine est conçue comme un acte profondément humain et social. Pour lui, soigner les corps ne peut être dissocié de la lutte contre les causes structurelles de la souffrance.

L’entrée en politique aux côtés d’Aimé Césaire

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, son engagement politique s’affirme pleinement.

En 1945, il figure sur la liste conduite par Aimé Césaire aux élections municipales de Fort-de-France.

Une profonde amitié et un respect mutuel lient les deux hommes, unis par une vision commune : celle d’une Martinique consciente de son histoire, digne et émancipée.

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Un pilier de Fort-de-France

Pierre Aliker s’engage durablement dans la vie publique. Il est conseiller municipal de Fort-de-France de 1945 à 2001, et conseiller général du 3ᵉ canton de Fort-de-France de 1958 à 1970.

A partir de 1957, il devient adjoint puis premier adjoint au maire, fonction qu’il occupe sans interruption jusqu’en 2001. Discret mais incontournable, il est souvent décrit comme la conscience morale de l’équipe municipale.

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Il contribue de manière décisive à la modernisation de la ville :

  • amélioration des infrastructures hospitalières,
  • politiques d’assainissement,
  • construction de la maternité de la Redoute,
  • développement d’équipements sociaux et éducatifs dans les quartiers populaires.

Son action s’inscrit dans le temps long, loin des effets de tribune, guidée par l’éthique, la rigueur et la fidélité aux principes républicains.

« La politique n’a de sens que si elle est au service de l’intérêt général, jamais de l’enrichissement personnel. »

L’engagement progressiste et la vision politique

Le 28 mars 1958, Pierre Aliker participe à la création du Parti Progressiste Martiniquais (PPM) aux côtés d’Aimé Césaire, Aristide Maugée et Georges Marie-Anne.

Le parti structure durablement la vie politique martiniquaise autour d’un projet fondé sur la justice sociale, l’affirmation identitaire et la transformation institutionnelle.

Vice-président du parti jusqu’au 17ᵉ congrès en 2005, il défend une ligne fondée sur la justice sociale, l’affirmation identitaire et la transformation institutionnelle, plaidant pour une Martinique autonome dans une France décentralisée.

« L’homme en blanc »

Après l’assassinat de son frère, Pierre Aliker adopte le costume blanc comme signe de deuil permanent. Ce geste, à la fois intime et politique, devient un symbole fort de son exigence morale.

Surnommé « l’homme en blanc », il demeure, au-delà de ses fonctions électives, une figure morale unanimement respectée.

Jusqu’à un âge avancé, il témoigne de l’itinéraire d’Aimé Césaire, des combats de l’après-guerre et des débats autour de l’autonomie, se définissant lui-même comme un « enfant du XXᵉ siècle ».

Une longévité exceptionnelle

Pierre Aliker s’éteint le 5 décembre 2013 à Fort-de-France, à l’âge canonique de 106 ans, le même jour que Nelson Mandela — une coïncidence hautement symbolique qui associe deux grandes figures mondiales de la dignité, du combat et de l’engagement moral.

Hommages et reconnaissance

A sa disparition, la Martinique rend un hommage appuyé à l’un de ses plus grands serviteurs. Des hommages officiels sont rendus par les institutions, les responsables politiques, le corps médical et le monde associatif.

Son nom est attribué à des divers équipements, établissements et lieux symboliques notamment le stade de France de France anciennement Stade Dillon rebaptisé Stade Pierre Aliker.

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Un buste en sa mémoire inscrit durablement sa mémoire dans le paysage martiniquais.

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Pierre Aliker demeure aujourd’hui une référence morale et historique, un repère éthique pour les générations présentes et futures.

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