Written by Chantal CHARLES-ALFRED

Chantal Charles-Alfred, est originaire du Morne-Rouge en Martinique. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été baignée lors des rencontres familiales par des anecdotes diverses sur les différents membres de la famille. Sa passion pour la généalogie est un héritage de son grand-père qui connut une vie remplie d’histoire et d’anecdotes.

26 janvier 2026

PAUL ROSINE
(1948 – 1993)

  • Facebook
  • Twitter
  • Gmail
  • LinkedIn

Paul Rosine, dit Paulo, fut l’un des grands architectes de la modernisation de la musique martiniquaise, pianiste autodidacte, arrangeur, compositeur, chanteur et leader charismatique du groupe Malavoi, disparu prématurément en 1993.

Origines et enfance

Paul Rosine naît le 26 janvier 1948 au Lamentin, en Martinique, dans une famille baignée de musique.

Son père Emmanuel ROSINE joue du violon, tandis que ses frères Jean et François pratiquent respectivement la guitare et l’harmonica.

Très tôt, l’enfant se familiarise avec les bals, les airs populaires et les disques qui circulent à la maison, développant une oreille particulièrement fine. Comme beaucoup d’enfants de sa génération, il suit un parcours scolaire classique et obtient brillamment son baccalauréat avant de poursuivre des études de droit.

  • Facebook
  • Twitter
  • Gmail
  • LinkedIn

Parallèlement à sa passion musicale, Paul Rosine intègre la fonction publique et devient chef de service au Bureau de contrôle de la légalité des actes des collectivités à la préfecture de Fort-de-France. Cette double vie, entre rigueur administrative le jour et création musicale le soir, contribuera à façonner une personnalité discrète, affable, méthodique et profondément attachée à son île.

Formation musicale et premiers groupes

Rosine n’est pas un enfant des conservatoires mais un pianiste essentiellement autodidacte, doté d’une mémoire musicale exceptionnelle et d’un sens instinctif de l’harmonie.

Très jeune, il se produit dans différents orchestres de bal, où il apprend le métier au contact du public et des musiciens plus aguerris.

Il participe notamment aux groupes Cachungaet Conjunto Moderno, aux côtés des frères Georges et Henri Pastel, de Roger Jaffory, d’Alex Bernard et de Mano Césaire. Il collabore aussi avec Henri Guédon au sein des Contestataires, formation tournée vers le jazz et les rythmes latino-américains.

Cette période forge son goût pour le mélange des genres : biguine, jazz, boléro, variété française, musiques latino-américaines.

Parallèlement, il devient, de 1970 à 1986, le pianiste de la chorale Joie de Chanter, accompagnant des negro-spirituals et consolidant son jeu harmonique et sa sensibilité à la voix.

C’est aussi l’époque où il fréquente des lieux comme La Carafe ou Le Pélican, où il joue Oscar Peterson, Chick Corea, Duke Ellington ou Thelonious Monk, tout en observant avec admiration le jeu de Marius Cultier.

L’aventure Malavoi

En 1968, Mano Césaire (Emmanuel Césaire) sollicite Paulo pour rejoindre les Merry-Lad’s, formation qui deviendra bientôt Malavoi.

En 1974, Rosine intègre définitivement le groupe, déjà dirigé par Mano Césaire, qui combine cuivres et violon et puise dans la biguine, le jazz et la variété.

Malavoi tire son nom à la fois d’une variété de canne à sucre et d’une rue de Gorée, symbole de la traversée négrière vers les Amériques, ce qui ancre d’emblée le groupe dans une mémoire caribéenne et africaine.

Après quelques années de succès en formule « paillottes » et bals très dansants, une première période du groupe s’achève, puis, autour de 1980–1981, Paulo Rosine joue un rôle central dans la reconstitution de Malavoi.

Avec le batteur Denis Dantin, il recontacte Mano Césaire, propose de délaisser progressivement les sections de cuivres au profit d’un ensemble de cordes plus étoffé, donnant au son de Malavoi sa couleur emblématique.

A partir de 1975, il est reconnu comme leader du groupe, passant de simple pianiste à véritable directeur musical, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre.

Le style Malavoi sous Rosine

Sous l’impulsion de Rosine, Malavoi réinvente le répertoire traditionnel martiniquais en l’orchestrant avec une sophistication inédite.

Il revisite bèlè, biguine, mazurka, valse et rumba créole dans des arrangements pour cordes, parfois enrichis de cuivres, où l’héritage caribéen se mêle à des harmonies jazz et des influences de musique de film.

Des titres comme « Gram é gram», « Amélia»« Ti citron », « Pléré chaben » « La Sirène », « Loup garou » ou « Conversation» témoignent de ce travail de modernisation sans trahison du patrimoine.

Rosine ne se limite pas à la Martinique. Il réorchestre aussi «La Guadeloupéenne » d’Abel Beauregard, « El Carretero» de Guillermo Portabales ou « Syracuse» d’Henri Salvador, ouvrant Malavoi à un répertoire caribéen et francophone élargi.

Il pousse le groupe vers une dimension internationale, tout en préservant l’âme martiniquaise à travers les phrasés, syncopes et appuis rythmiques propres aux musiques de l’île.

Pour lui, ce ne sont pas les mélodies qui se « mondialisent », mais les techniques d’orchestration, adaptées au langage rythmique créole.

Un arrangeur et compositeur d’exception

Paulo Rosine est unanimement salué comme un arrangeur inspiré, un chef d’orchestre d’une grande finesse et un chanteur à la voix expressive.

Son écriture se caractérise par une forte conscience harmonique, une utilisation inventive des cordes, un sens du contrechant et de la couleur orchestrale.

Il participe à des projets comme le West Indies Jazz Band, porté par le CMAC, où il officie comme pianiste, compositeur et arrangeur aux côtés de Jacky Bernard et Luther François, révélant la pleine mesure de sa vision orchestrale.

Rosine signe également des musiques pour l’image : il compose notamment la musique du film « Rue Cases-Nègres», dont le thème « Bac ti-bouk » est devenu un classique.

Durant cette période, il noue une amitié indéfectible avec Ralph Thamar.

Il sait marier la richesse mélodique des chansons créoles à des harmonies parfois proches de Michel Legrand, de certaines musiques brésiliennes ou latines, qu’il écoute et réinterprète au piano chez lui.

Son art consiste à faire dialoguer une mélodie simple, directement ancrée dans la langue créole, avec une écriture d’orchestre ample, parfois quasi symphonique, sans perdre la danse ni la chaleur des rythmes.

Carrière, reconnaissance et disparition

Avec Malavoi, Paulo Rosine enchaîne disques, tournées et concerts marquants dans les années 1980.

En 1983, le groupe obtient les Maracas d’or, reconnaissance médiatique importante pour une formation martiniquaise.

Le concert « Malavoi au Zénith » en 1987, où une section de cuivres caribéens vient renforcer les cordes, reste une date mythique qui consacre la renommée du groupe au-delà des frontières de la Caraïbe.

Sur l’album « Matébis» (1992), Rosine chante « Je suis en paix avec le monde », titre qui résonnera douloureusement après sa disparition.

Le 31 janvier 1993, à seulement 45 ans, Paul Rosine meurt d’un cancer à Fort-de-France, laissant un profond vide dans le paysage musical martiniquais.

Ses obsèques rassemblent une foule émue, accompagnée par ses propres musiques, témoignage de l’attachement populaire à cet artiste discret et exigeant.

Depuis, hommages, concerts commémoratifs et articles rappellent régulièrement le rôle déterminant qu’il a joué dans l’affirmation moderne de la musique martiniquaise.

La reconnaissance​

Après sa disparition, Paul Rosine a fait l’objet de plusieurs hommages posthumes forts et durables, témoignant de l’empreinte profonde qu’il a laissée dans la vie culturelle et institutionnelle martiniquaise.

Une plaque commémorative a été apposée à la Préfecture de Fort-de-France, lieu où il a exercé professionnellement, rappelant qu’il fut à la fois serviteur de l’État et grand artiste.

Son nom a également été donné à l’une des salles du centre culturel Tropiques Atrium à Fort-de-France, inscrivant son héritage au cœur même de la création artistique contemporaine.

  • Facebook
  • Twitter
  • Gmail
  • LinkedIn

Enfin, l’Ecole de Musique et d’Arts Plastiques Paul Rosine de Rivière-Pilote perpétue sa mémoire à travers la transmission, en formant de nouvelles générations d’artistes dans l’esprit d’exigence, de créativité et d’enracinement culturel qu’il incarnait.

  • Facebook
  • Twitter
  • Gmail
  • LinkedIn

Héritage et influence

30 après sa mort, Paulo Rosine est considéré comme l’âme historique de Malavoi et l’un des grands artisans de la reconnaissance internationale de la musique martiniquaise.

Son travail d’orchestrateur a ouvert la voie à une approche «savante» de la musique populaire créole, montrant qu’elle pouvait se développer dans des formes complexes sans perdre sa force émotionnelle.

De nombreux musiciens antillais revendiquent son influence, tant pour l’élégance de son jeu de piano que pour sa manière d’inscrire les rythmes traditionnels dans des arrangements modernes.

Son héritage se mesure aussi dans la mémoire collective. Les chansons de Malavoi qu’il a portées restent omniprésentes.

Sources

Vous pourriez aussi aimer…

Gisèle PINEAU

Gisèle PINEAU

Gisèle Pineau, Voix majeure des mémoires blessées Ecrivaine incontournable des lettres caribéennes et francophones,...

TI-CÉLESTE

TI-CÉLESTE

TI-CELESTE Voix éternelle du Gwo-ka (1945-2014) Figure incontournable de la musique guadeloupéenne, Ti-Céleste, de son...

Hilaire Geoffroy

Hilaire Geoffroy

Hilaire Geoffroy « Gwo Nonm’ la » – Une voix majeure du Gwo-ka(1960 – 2011) Le 13 novembre 2025 marquera 14 ans que le...

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Partagez sur :

Partagez cet article avec vos amis!