IBO Simon
(1940-2022)
artiste, homme politique et de télévision
De son vrai nom Simon Georges Ibo, Ibo Simon fut pendant plusieurs décennies l’une des personnalités les plus reconnaissables de la Guadeloupe.
Chanteur, comédien, animateur de télévision puis élu local, il connut une grande popularité tout en suscitant de profondes controverses.
De Basse-Terre à la chanson
Né le 22 mars 1940 à Basse-Terre, Ibo Simon grandit dans un milieu modeste dans le quartier du Bas-du-Bourg.
Dans sa jeunesse, celui que l’on surnomme également « Ti-Georges » se tourne vers la musique et les bals populaires.
Après un séjour dans l’Hexagone, il revient en Guadeloupe et développe progressivement une personnalité artistique très reconnaissable, tant par sa manière de s’exprimer que par ses tenues et son apparence.
Dans les années 1970, il se présente comme l’un des premiers adeptes du mouvement rasta en Guadeloupe et utilise un temps le nom de Waka Danaka.
La chanson devient son premier véritable espace de notoriété. Ses textes s’adressent directement au public guadeloupéen et évoquent volontiers la vie, la mort, la société et les préoccupations populaires.
Il enregistre de nombreux titres et travaille au cours de sa carrière avec plusieurs maisons de disques antillaises.
« Même si je dois mourir un jour », sa chanson emblématique
En 1979, Ibo Simon connaît un important succès avec Même si je dois mourir un jour, titre qui restera associé à son nom pendant plus de quarante ans. France-Antilles rappelle que cette chanson contribua largement à sa notoriété auprès du public guadeloupéen.
Le morceau traversera les générations. Plus de quatre décennies après sa première sortie, Ibo Simon enregistre encore une nouvelle version reggae de cette chanson avec Daddy Yod, peu avant la fin de sa vie.
Son parcours musical reste ainsi une dimension importante de sa mémoire, parfois éclipsée par la carrière médiatique et politique qu’il connaîtra ensuite.
Ibo Simon au cinéma
Ibo Simon apparaît également au cinéma antillais.
En 1980, il joue dans Mamito, film réalisé par le cinéaste guadeloupéen Christian Lara. Il y interprète un personnage portant son prénom, aux côtés notamment de Lucrèce Saintol, Greg Germain et Roger Tannous. Le film, sorti en 1980, appartient à la période fondatrice du cinéma antillais portée par Christian Lara.
Cette participation témoigne d’une époque durant laquelle plusieurs artistes guadeloupéens contribuent à faire émerger sur grand écran des histoires, des personnages et une société jusque-là très peu représentés dans le cinéma français.
Canal 10 : l’homme de télévision
C’est surtout à la télévision qu’Ibo Simon devient une personnalité connue de presque toute la Guadeloupe.
Au tournant des années 1990, il s’impose sur Canal 10, chaîne privée guadeloupéenne, avec des émissions en direct consacrées à l’actualité et aux préoccupations quotidiennes de la population.
Micro à la main, dans les rues ou face à la caméra, Ibo Simon développe une manière de communiquer inhabituelle pour l’époque.
Son langage est direct, souvent en créole, et il interpelle les téléspectateurs comme les personnes rencontrées dans la rue. Sa manière de commenter l’actualité et sa forte personnalité contribuent à faire de lui l’une des figures les plus reconnaissables de Canal 10.
De la télévision à la politique
La popularité acquise à la télévision conduit Ibo Simon à entrer dans la vie politique au milieu des années 1990.
En 1995, il se présente aux élections municipales de Pointe-à-Pitre et obtient environ 8 % des suffrages, ce qui lui permet d’entrer au conseil municipal. Deux ans plus tard, il est candidat aux élections législatives de 1997 et recueille plus de 14 % des voix au premier tour selon les sources contemporaines.
Il poursuit son implantation électorale et devient également conseiller régional de Guadeloupe.
Aux élections municipales de Pointe-à-Pitre de 2001, sa liste rassemble autour de 22 % des suffrages au premier tour selon les sources disponibles, confirmant alors l’existence d’un électorat attaché à sa personnalité. Il participe également à la création du mouvement « Gwadloup doubout ».
Des prises de position qui provoquent de graves controverses
Cette partie de son parcours ne peut cependant être dissociée des controverses provoquées par ses interventions publiques. À la télévision, Ibo Simon tient notamment des propos visant les populations haïtiennes et dominiquaises installées en Guadeloupe.
En août 2001, Le Monde rapporte l’importante polémique suscitée par ces déclarations et les réactions d’associations antiracistes.
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel intervient officiellement. Un relevé publié par les pouvoirs publics indique qu’en 2001, Canal 10 est mise en demeure à la suite de propos d’Ibo Simon considérés comme incitant à la haine raciale.
En 2002, une nouvelle procédure visant des propos dirigés contre la population haïtienne aboutit à une sanction contre la chaîne, avec une réduction d’un mois de son autorisation d’émettre.
Ibo Simon fait également l’objet de procédures judiciaires. Des sources relatives à ces procédures indiquent qu’une condamnation pour des faits liés à l’incitation à la discrimination et à la haine raciale a été confirmée par la cour d’appel de Basse-Terre.
Ces condamnations constituent une part essentielle de son parcours public et expliquent pourquoi sa personnalité demeure associée à des souvenirs et appréciations très contrastés en Guadeloupe.
Une personnalité qui a profondément marqué son époque
Au fil des années, la maladie et l’âge éloignent progressivement Ibo Simon de la télévision et de la vie politique.
Il reste cependant présent dans la mémoire collective guadeloupéenne. Lors de l’annonce de son décès, le 24 septembre 2022 aux Abymes, plusieurs médias locaux reviennent sur ses multiples vies : chanteur, comédien, animateur et ancien élu.
RCI annonce sa disparition à l’âge de 82 ans, tandis que France-Antilles souligne combien sa personnalité avait divisé autant qu’elle avait attiré l’attention.
Ibo Simon laisse donc derrière lui un héritage complexe.
D’un côté demeure l’artiste populaire, le chanteur de Même si je dois mourir un jour, le comédien de Mamito et une figure singulière des débuts de la télévision privée guadeloupéenne.
De l’autre, son passage dans la vie politique et certains de ses discours restent indissociables de controverses majeures et de condamnations judiciaires.
Pour Outremer Memory, raconter Ibo Simon consiste ainsi à restituer l’ensemble de ce parcours, sans en effacer les différentes facettes. Pendant plusieurs décennies, il a fait partie du paysage culturel, médiatique et politique de la Guadeloupe. Artiste populaire, homme de télévision et personnage public hors normes, il demeure une figure marquante — et controversée — de l’histoire contemporaine guadeloupéenne.
Sa discographie








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